Festival cinéma du monde de Sherbrooke: nos coups de cœur

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La 5e édition du Festival cinéma du monde de Sherbrooke (FCMS) s’est tenue du 9 au 15 avril dernier. Il y avait au programme plus d’une centaine de longs et courts métrages (fictions et documentaires) issus de 35 pays différents. Voici ceux qui nous ont touchés droit au cœur.

Une famille syrienne

Après avoir fait très bonne impression l’an passé à la Berlinale (le Festival international du film de Berlin) où il a raflé le prix du public, le nouveau film du réalisateur belge Philippe Van Leeuw est reparti avec les honneurs du FCMS.

Le long métrage, qui plonge le spectateur dans le quotidien d’une famille enfermée jour et nuit dans un appartement de Damas en pleine guerre, a en effet remporté le prix du meilleur long métrage de fiction ainsi que le prix coup de cœur du public Radio-Canada.

Une famille syrienne relate l’enfer de cette guerre du point de vue des civils, les premiers touchés par le conflit en Syrie. Malgré les mitrailleuses, les snipers et les bombes, les derniers habitants d’un immeuble font tout pour garder un semblant de vie normale. Mais comme on doit s’y attendre, tôt ou tard, la guerre bouleversera cet équilibre fragile.

Ce long métrage, qui est inspiré de faits réels, est parfois difficile à regarder. Le rythme lent rend les scènes dures encore plus insoutenables. Mais c’est un film éminemment nécessaire qui permet de comprendre l’enfer vécu par la population civile actuellement en Syrie.

Une petite mention spéciale pour la belle brochette d’actrices qui incarnent des personnages de femmes fortes, dignes et prêtes à tout pour protéger leur famille.

Parvana: une enfance en Afghanistan

Le deuxième film qui a retenu notre attention est un long métrage d’animation, basé sur le roman jeunesse du même titre écrit par la Canadienne Deborah Ellis.

L’histoire est centrée sur le personnage de Parvana, une fillette afghane de 11 ans qui vit avec sa famille dans le Kaboul des talibans, ravagé par la guerre.

Un jour, la petite fille va assister impuissante à l’arrestation arbitraire de son père estropié. N’ayant pas d’autre choix, elle se fera passer pour un garçon pour subvenir aux besoins de sa famille.

Car il faut savoir que dans son pays, les filles et les femmes ne peuvent pas sortir si elles ne sont pas accompagnées d’un homme. Parvana enfile alors les vêtements de son frère Sulayman, qui est mort dans d’étranges circonstances.

Parvana : une enfance en Afghanistan est une vraie claque en plein visage. L’animation, tout simplement magnifique, sert à mettre en image l’histoire d’une jeune fille intelligente et au caractère bien trempé qui défie les conventions dans un pays où les femmes ne disposent que de très peu de libertés.

On est bien loin des contes à l’eau de rose à la Disney ou à la Pixar. Le film est parfois très dur (les scènes dans lesquelles les femmes se font battre sont particulièrement insoutenables). Mais c’est une très belle histoire remplie d’humanité et d’espoir qui montre que la vie reste belle malgré tout.

Chez le barbier, réflexions d’hommes arabes

Ce documentaire produit par l’ONF nous a plu en raison de sa profondeur et de la pertinence de son message.

La cinéaste Nisreen Baker, d’origine égyptienne, s’est installée avec sa caméra dans le salon de barbier de Jamal, à St. Albert, dans la banlieue d’Edmonton, où se retrouvent plusieurs amis originaires de plusieurs pays arabes (Égypte, Irak, Liban, Soudan, Palestine).

Alors qu’ils se font couper les cheveux et raser la barbe par Jamal, les six compères discutent de religion, d’identité, d’immigration, d’intégration et de la vision stéréotypée qu’ont les Occidentaux à l’égard des hommes arabes.

Même si les discussions sont parfois vives et animées, tout se passe dans le plus grand respect de l’autre. « J’apprends à connaître les gens comme des personnes et non pas par rapport à leur religion ou leur pays d’origine », fait savoir l’un des intervenants. Cette phrase est l’essence même du documentaire.

Les sujets sont sérieux pour la plupart, mais le tout est teinté d’humour et d’autodérision. Les débats sont intéressants. Et nous avons particulièrement aimé le fait que pour une fois, on ait donné la parole aux hommes arabes afin qu’ils puissent parler eux-mêmes de leurs propres histoires.

Voir le documentaire gratuitement sur le site de l’ONF

Félicité

Le film Félicité d’Alain Gomis a lui aussi fait bonne impression l’année dernière à la Berlinale. Le quatrième long métrage du réalisateur franco-guinéo-sénégalais a en effet remporté l’Ours d’argent du grand prix du jury.

L’héroïne, qui a donné son nom au film, est une femme libre et fière, qui charme les foules grâce à sa voix dans un bar de Kinshasa. Mais sa vie bascule lorsque son fils de 14 ans est victime d’un grave accident de moto.

Elle va alors mettre sa fierté de côté et sera prête à tout pour amasser une somme colossale pour le sauver.

Félicité est un film dans lequel poésie et brutalité du quotidien se rejoignent. L’actrice congolaise Véro Tshanda Beya Mputu, qui joue le rôle principal, est très convaincante dans les souliers de cette mère célibataire aux multiples facettes.

Bien que la pauvreté soit au cœur même du film, Félicité tente de rester digne malgré tout. Même si, poussée dans ses derniers retranchements, elle sera obligée de quémander auprès d’illustres inconnus pour sauver son fils.

L’importance de la communauté est un aspect important de ce long métrage qui tend, le plus possible, à dépeindre la vraie vie d’une habitante du Kinshasa d’aujourd’hui, sans tomber dans le piège du misérabilisme ou de l’exotisme. Un vrai coup de cœur.

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