Vues d’Afrique: Zizou de Férid Boughédir

Présenté en ouverture de Vues d’Afrique, le film Zizou de Férid Boughédir est réalisation aux effluves comiques qui revient à travers les traits de Zizou, sur une période charnière de la Tunisie: les premières vagues de rébellion de la population avant la chute de Ben Ali.

Avec son long métrage, le réalisateur nous emmène du côté de Tunis en 2010 avant les manifestations du Printemps arabe et la chute du président Ben Ali. Ce sont les prémices de cette rébellion de la population tunisienne que le réalisateur propose de découvrir à travers l’histoire du personnage principal.

Quittant son village natal pour rejoindre la capitale, Zizou, de son vrai prénom Aziz, décide de s’installer et de découvrir la vie à Tunis, avec son chapeau, sa valise et sa bonne volonté.

Ayant en plus d’une gentillesse contagieuse, une éducation scolaire plus développée que la moyenne, il devient rapidement réparateur d’antennes de télévision. Ce travail lui permet de vagabonder dans les différentes sphères sociales de la ville, mais aussi de rencontrer celle pour qui son coeur va s’emballer dès le premier regard.

Naïveté, maladresse et gentillesse sont les principales caractéristiques de Zizou, ce qui va lui jouer des tours au fil de ses rencontres, mais aussi attirer la complaisance de certains.

Le tout se passe pendant les débuts d’une rébellion de la population de Tunis qui commence à se poser de sérieuses questions sur les méthodes employées par les hauts placés de l’État tunisien.

Troisième long métrage du réalisateur tunisien Férid Boughédir, Zizou a remporté en 2016, le prix du meilleur film arabe de l’année au festival international du Film du Caire. Ancien critique de cinéma, il s’est reconverti dans la réalisation depuis plusieurs années afin de donner un souffle nouveau à sa carrière.

Férid Boughédir réussit une belle performance avec son film. Il arrive à faire rire avec des plans, des dialogues qui font mouche et qui démontent le côté conservatisme d’une époque révolue maintenant.

Tout est évoqué: la censure des réseaux sociaux, le rôle des femmes, l’emprise des puissants sur la population, la vie politique avec entre autres des remarques acerbes contre le système politique de l’époque.

Le cinéaste n’hésite pas, par exemple, à rire de manière grossière avec la sexualité pour mieux déstabiliser le public et le surprendre (“Je penserai à toi en le suçant” une femme parlant d’un bonbon offert par un homme). Il a pris l’option de se moquer et de caricaturer certaines personnes de la société tunisienne:  les puissants, les commerçants, les politiques.

Les nons-dits, la culture du silence sont des éléments dont le réalisateur a voulu faire apparaître de manière satyrique. Férid Boughédir ose et critique de manière acerbe une société où la séquestration de la femme est encore normale en 2010.

Son humour insolent donne une couleur au film et témoigne d’une envie d’insolence cinématographique appréciable. Plusieurs plans des hauteurs de Tunis méritent une mention spéciale de par leur qualité.

Zizou est attachant, courageux et avec ce brin de naïveté qui le rend touchant par moment, il est d’ailleurs à noter l’excellente performance de l’acteur Zied Ayadi.

L’ensemble de la distribution de qualité offre au film de Férid Boughédir, une comédie  qui se regarde agréablement.

Zizou est une réalisation réussie, n’hésitant plus à montrer et à mettre en avant une Tunisie décomplexée et audacieuse pour le plus grand bonheur des cinéastes et du public friands de cette évolution.

 

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