Le Festival de jazz s’explique sur l’annulation du spectacle « Slav »

Au-delà de la blessure de la chanteuse Betty Bonifassi, le spectacle Slav de Robert Lepage a aussi été annulé pour des questions de sécurité publique, a expliqué le grand patron du Festival international de jazz de Montréal, Jacques-André Dupont, lors de la conférence bilan de la mouture 2018.

Si le spectacle a créé une fissure dans la société, ce dernier estime cependant qu’il n’est que le reflet d’un débat qu’il faut faire sereinement et qui est plus grand que le festival.

«Nous avons constaté que le débat était beaucoup plus profond que simplement le spectacle SLAV […] Nous avons compris que les blessures du passé étaient encore bien vivantes pour beaucoup de nos concitoyens, des blessures souvent profondes et justifiées.»

Le président du Festival a d’ailleurs confié qu’une rencontre avec des membres de la communauté afro-montréalaise avait eu lieu la veille de la conférence et qu’un dialogue a été établi.

M. Dupont a convenu lors de son point de presse que le festival se devait «de faire mieux» dans le futur et que la gestion de la crise n’a pas forcement été la meilleure. Il a notamment laissé entendre que l’organisation aurait pu réagir bien avant.

Jacques-André Dupont, PDG du Festival international de jazz de Montréal – Photo: Victor Diaz Lamich

Jacques-André Dupont a toute de même souligné qu’il fallait d’abord laisser le soin à la compagnie Ex-Machina (de Robert Lepage) de s’expliquer avant. Il a rappelé que pour ce spectacle, il y avait trois partenaires:le festival, Ex Machina ainsi que le Théâtre du Nouveau Monde. «Ça ralentit le processus, et je souhaitais aussi que les producteurs puissent s’exprimer», a-t-il ajouté.

Ce qui a été finalement fait, la veille du festival, Robert Lepage déplorant «l’affligeant discours d’intolérance».

Pour sa part, Betty Bonifassi, dans une correspondance à «La Presse», estime qu’il y a eu «censure» et se demande si «l’appropriation culturelle en 2018 serait-elle plus de l’ordre de la censure que de la protection des minorités». 

Rappelons que dès l’avant-première de la pièce, le 29 juin, des Montréalais ont déploré la faible représentation des Noirs dans ce spectacle, qui se présente comme «une odyssée théâtrale à travers les chants d’esclave». Le spectacle a pu être joué, le 26 ainsi que le 27 juin. Puis Betty Bonifassi a dû être opérée d’une fracture à la cheville et deux représentations ont alors dû être annulées. Finalement, toutes les autres dates du spectacle prévues dans le festival ont été annulées par la direction.

« Nous pouvons faire mieux », ont scandé les artistes de Nomadic Massive

Des artistes comme Nomadic Massive ou Mélissa Laveaux ont aussi pris position pendant le festival, tout comme le chanteur Moses Sumney qui a décidé d’annuler son concert en signe de protestation.

Dans tous les cas, Jacques-André Dupont a assuré que la décision d’annuler les représentations dans le cadre du Festival n’était en rien une censure du spectacle. D’autant qu’il y a d’autres représentations prévues ailleurs, a-t-il souligné.

Jacques-André Dupont, PDG du Festival international de jazz de Montréal – Photo: Victor Diaz Lamich

«Notre décision ne vise que les représentations prévues durant le festival et n’implique aucunement que le spectacle ne soit plus diffusé» ailleurs, a-t-il précisé. 

Ce dernier ne partage pas non plus la théorie selon laquelle il pourrait y avoir des répercussions du genre, des artistes qui bouderaient d’autres éditions.

Quant aux artistes du spectacle, une entente a été prise avec les autres partenaires pour compenser les pertes, évaluées à «quelques centaines de milliers de dollars».

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