Les cigognes sont immortelles d’Alain Mabanckou

Avec son dernier ouvrage, Les cigognes sont immortelles, l’auteur franco-congolais Alain Mabanckou replonge de nouveau dans l’univers de son enfance, à Pointe-Noire, dans le quartier Voungou, au Congo.

Comme il sait si bien le faire, l’auteur du prix Renaudot 2006 pour Mémoires de Porc-épic ramène le lecteur dans les souvenirs de son enfance congolaise, et comme au cinéma, il observe les pas du personnage principal, Michel, seul et unique enfant de maman Pauline et papa Roger.

Cette fois, l’histoire se déroule essentiellement sur trois jours consécutifs, à partir du samedi 19 mars 1977, dans une période sombre de l’histoire de son pays natal. Et pour cause, le camarade-président Marien Ngouabi vient juste d’être criblé de balles mortellement, par un commando armé.

L’ambiance ordinairement tranquille du Grand Marché monténégrin et du quartier Voungou change et une atmosphère de coup d’État s’installe partout dans le pays, à commencer par la capitale Brazzaville, où vivent des frères de maman Pauline…

Les mots sont ceux d’un collégien rêveur qui comme ceux de son âge laisse place à des envies, des oublis, des peurs, des histoires sur les amis du quartier, qu’ils soient fils de la famille Milonga, Mindondo, ou encore rejeton de Mâ Moubobi qui gère la boutique Au cas par cas. Il y a aussi les capitalistes noirs, les membres du Parti Congolais du Travail, «avec leur gros ventre et leur calvitie qui brille» ainsi que ceux qui ont étudié en URSS.

À l’époque, faut-il le rappeler, la société congolaise, sous la houlette de Marien Ngouabi, est dans une phase de reconstruction politique sur le modèle soviétique. Les jeunes cigognes du Congo, comme Michel, glorifient les leaders communistes comme Nicolae Ceausecu de la Roumanie, Mao Zedong de Chine, Kim Il Sung de Corée du Nord, Leonid Brejnev de l’URSS et pendant les cours d’instruction civique, ils apprenaient en boucle la chanson du film soviétique Quand passent les cigognes.

C’est aussi l’époque de la guerre froide. Cette période faste est également celle d’une certaine désinformation médiatique. On écoute les radios internationales (comme La Voix de l’Amérique) pour savoir tout ce que les médias locales (comme La Voix de la Révolution Congolaise) ne disent pas.

Sur le continent, l’instabilité politique est légion, comme le rappelle dans le livre le journaliste Christopher Smith. Au Nigéria, Olusegun Obasanjo prend le pouvoir par un coup d’État. Il y a eu aussi dans le passé l’assassinat de Patrice Lumumba au Congo-Kinshasa, celle de Sylvanus Olympio au Togo, d’Amilcar Cabral ou du Tchadien Outel Bono.

Bref, le livre de 304 pages brosse un portrait de cette ère sombre sur le continent noir et qui pour le petit Michel aura un goût amer lorsque l’un des frères de sa mère révèlera la mort du capitaine Kimbouala-Nkay, autre frère de maman Pauline….

La peine et la douleur de cette dernière, devenue inconsolable, vont la pousser à tenter l’irréparable. C’est à ce moment-là, que le fils Michel saisira cette occasion unique de montrer à sa famille qu’il n’est pas seulement un rêveur et non plus une cigogne blanche innocente de la Révolution socialiste congolaise.

En fait, Les cigognes sont immortelles d’Alain Mabanckou, est la démonstration lente, mais convaincante de l’amour d’une mère pour un fils ou, surtout, le contraire. À chacun de faire son idée.

Natif de Pointe-Noire en 1966, Alain Mabanckou enseigne la littérature francophone à l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA). En 2016, il a publié, au Seuil, les actes d’un colloque Penser et écrire l’Afrique aujourd’hui qui vise à promouvoir les études postcoloniales, alors qu’il est professeur invité au Collège de France pour la chaire de Création artistique.

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