Rachel Mwanza ou « peu importe la durée de la nuit, le soleil finit toujours par se lever ».

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Le temps d’une limonade et dans une ambiance chaleureuse et ponctuée de beaucoup de rires, mais aussi de silence, Touki Montréal a pris des nouvelles de Rachel Mwanza, en marge de la sortie du film Troisièmes noces. Il a été question de son amour pour le français et l’histoire, du temps passé depuis son premier film, de ses rêves et de la jeune femme qu’elle est devenue.

Aujourd’hui, lorsque tu regardes l’adolescente de 17 ans qui est venue vivre au Québec avec la productrice Anne-Marie Gélinas (ta mère adoptive), que lui dirais-tu ?

Je lui dis bravo. Bravo d’avoir cru en elle, d’avoir gardé la foi en Dieu, d’avoir travaillé fort.

Il y a eu des moments où personne ne croyait en moi. Pourtant, j’avais des rêves. je voulais devenir une actrice. 

Plusieurs personnes me disaient : «pour des gens comme toi, ça ne sera pas possible». Ce n’était pas méchant, et je n’en veux à personne.

Ils voyaient la réalité et s’arrêtaient au fait que je ne savais pas lire et écrire. Ils n’arrivaient pas à me projeter dans l’avenir en tant qu’actrice. Je crois que c’est ce que l’homme peut voir et non ce que Dieu peut voir. Je sais qui je suis. Je sais d’où je viens et en qui je crois.

C’est sûr que mes proches cherchaient des solutions pour que je puisse devenir une adulte autonome, que j’apprenne un métier. On me suggérait d’apprendre le métier de coiffeuse, pourtant je n’avais aucun talent pour coiffer.

Même si je venais de nulle part, je savais au fond de moi que tout était possible que je voulais être actrice.

Tu n’as pas joué au cinéma pendant plus de 5 ans?

C’est vrai. Pendant cette période, j’ai continué mes études, je me suis trouvée un emploi d’étudiant, rencontré l’amour (depuis 4 ans). (Rires), Mais je  rêvais toujours à cette carrière d’actrice. Je tenais à mes rêves. Je rêve grand.

As-tu eu des propositions ?

Des rôles d’immigrantes, beaucoup de  violence, de viols,  des  rôles semblables à Rebelle et de la figuration auxquels je disais non. J’ai aussi passé quelques auditions. Je voulais un rôle différent de mon premier film.

Je suis fière de Rebelle, j’ai été choisi parmi des centaines d’enfants. Mais je reconnais aussi la valeur des prix que j’ai gagnés.

Comment s’est présenté Troisième noces?

La proposition pour Troisième Noces est arrivée en 2015, alors que le scénario était en écriture. Le tournage s’est déroulé en Belgique pendant trois mois.

Je considère Troisième noces comme le film qui me fait entrer dans le monde adulte. De voir que des réalisateurs pensent à m’engager en début de  projet, pendant que le scénario est en écriture me fait croire en moi, sans orgueil. 

Si tu n’étais pas actrice, tu ferais quoi?

Je crois que je suis née pour être actrice. (Rires). Je pense que je suis là pour aider les gens. J’aurai été une femme d’affaires, une entrepreneure. Tu sais, plus jeune, je vendais des oignons et j’espérais faire fortune. (Rires).

En lisant mon histoire dans mon livre (Survivre pour voir ce jour), les gens vont savoir que j’ai vendu plusieurs choses. Je me rappelle que j’étais capable de vendre, garder le capital, et m’acheter des vêtements aussi. C’est pas mal pour un enfant? (Rires).

J’aurais pu aussi devenir psychologue, pour aider. Mais je pense pouvoir aider en pratiquant le métier d’actrice et aussi en donnant des conférences sur la motivation, la dépression, le suicide, le mal de vivre, je viens de nulle part (je viens de loin), je veux que les gens sachent qu’il faut qu’ils gardent leurs rêves.

Je prépare un livre nouveau livre en collaboration avec Mbépongo Dédy Bilamba sur ces sujets.Je veux que les gens sachent que le drame, la souffrance font partie de la vie.

Je crois aussi que même si on a vécu de la violence, nous ne sommes pas obligés de reproduire cette violence. Je veux donner des conférences et partager mon message d’espoir.

Peut-on résumer ce que tu viens de dire par le proverbe africain qui dit que : «Peu importe la durée de la nuit, le soleil finit toujours par se lever» ?

Oui, c’est exactement cela (Rires).

Est-ce qu’on vient de trouver un titre à cet article?

Oui, je crois que oui. (Rires).

Comment penses-tu que ton dernier film sera accueilli en République démocratique du Congo, pays où les homosexuels sont passibles de prison en vertu de la loi sur la bonne moralité?

Je pense que certaines personnes n’apprécieront pas. Mais personnellement, tu sais maintenant, je ne vois plus la vie de la même façon. Les homosexuels ont des droits et le droit de vivre leur vie comme ils le souhaitent. Je crois que ma famille sera fière parce que je suis très fière de Troisième noces.

Es-tu retournée en RDC?

Oui, mais je n’étais pas prête. Je devais y rester un mois, mais je suis finalement restée 5 jours. J’étais déçue de l’état dans lequel se trouve le pays. La pollution. Le ciel de Kinshasa est gris.

J’ai beaucoup pleuré. Je trouvais que le pays était dans un état pire que lorsque je l’avais laissé. C’était dur, et je me demandais même ce qu’on avait fait pour mériter cela!

J’avais comme un sentiment d’impuissance. Le plus drôle, c’est que je n’ai rien acheté durant mon séjour en RDC, mais le lendemain de mon retour ici je me suis retrouvée dans un magasin d’objets africain. (Rires). Je compte y retourner prochainement me préparant mieux mentalement et spirituellement.

As-tu suivi des cours de théâtre, de jeu?

Pour Troisième Noces, j’ai été coaché par l’actrice québécoise Brigitte Poupart (Catherine, Congorama, Monsieur Lazhar, Unité 9). Je continue à suivre des ateliers, je veux que les gens soient rassurés et sachent que j’ai des techniques de jeu et je suis capable de lire un scénario et de livrer le personnage.

Que peut-on te souhaiter pour l’avenir?

Le meilleur! De beaux rôles.

Rachel Mwanza tournera en Angleterre prochainement et elle étudie à temps plein l’anglais afin de pouvoir s’approprier son prochain rôle. La comédie dramatique Troisième noces est en salle au Québec depuis e 8 février 2019.

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