La femme de mon frère: le bel hommage de Monia Chokri à sa famille

Monia Chokri était de passage à Sherbrooke, en juin dernier, pour son premier long métrage La femme de mon frère. L’actrice désormais réalisatrice était accompagnée d’Anne-Élizabeth Bossé, qui tient la tête d’affiche du long métrage, qui a été lauréat du Prix coup de coeur du jury au Festival de Cannes dans la section Un certain regard.

Les deux jeunes femmes ont répondu aux questions du public après la projection. En voici quelques-unes, suivies de leurs réponses.

Pourquoi avoir choisi la pellicule (Super 16, NDLR) pour tourner votre film?

Monia Chokri : Je trouve ça magique de tourner avec la pellicule. J’aime le rendu qui, à mon avis, est plus profond, plus beau avec une belle richesse au niveau des couleurs. Avec la pellicule, il y a du grain, de la profondeur. C’est vivant.

Ce n’est pas comme le numérique, car on travaille avec quelque chose de fragile… Je l’avais déjà utilisée dans mon court-métrage Quelqu’un d’extraordinaire. Lors des projections pendant les festivals, j’ai constaté que les personnes qui utilisaient la pellicule pour leurs courts-métrages se démarquaient vraiment dans leur travail de l’image. Je suis une vraie nostalgique de la pellicule.

Où avez-vous tiré votre inspiration pour décrire la famille que vous dépeignez à l’écran?

Monia Chokri: C’est sûr que mon film est un hommage à ma famille. Cela dit, ce n’est pas mon autobiographie. Je fais plutôt de l’autofiction. C’est-à-dire que je prends des schémas et des éléments de ma vie pour les transformer en fiction.

Crédit: Maude Chauvin

J’ai par exemple une petite soeur qui n’est pas dans le film. Je n’ai pas non plus fait de doctorat. Mais j’ai un père et une mère. Mon père est immigrant. Mes parents ont divorcé, il y a 30 ans. Il ne vit pas dans le garage [comme c’est le cas du personnage du père dans le film, NDLR], mais ils sont tout le temps ensemble.

Dans mon film, je leur rends hommage en quelque sorte, car malgré leur divorce, ils ont quand même gardé la famille vivante. On n’a pas senti une forme de blessure après leur divorce. Par contre, j’ai un grand frère qui fait un doctorat en sciences politiques [le personnage principal du film terminé un doctorat, NDLR]. C’est comme ça que je créé. En mélangeant tout plein d’éléments.

Votre frère, il en a pensé quoi du film?

Monia Chokri: Il m’a dit que c’était un très bel hommage qui avait été faite à notre famille.

Est-ce que des portes se sont ouvertes pour vous après Cannes?

Monia Chokri: Il paraît qu’il faut toujours compter un an après Cannes pour en voir les répercussions. J’avoue que ça aide à vendre le film un peu partout, à l’international. Je pense que ça m’aide surtout à faire un autre film ici.

Aviez-vous un message, notamment féministe, à faire passer à travers votre film?

Monia Chokri : Je me souviens qu’au Conservatoire, je devais écrire une histoire. J’avais dit à un auteur chevronné que je voulais aborder de tel ou tel thème dans mon histoire.

Il m’a arrêtée net et m’a répondu que ce n’était pas nécessaire de dire de quoi je voulais parler, mais que je devais simplement me concentrer pour écrire une bonne histoire, écrire de bons personnages.

Il m’a assurée que toutes mes inquiétudes, ce dont je rêve, mes angoisses, mes désirs allaient se retrouver dans mon écriture, parce que ça fait partie de moi.

Alors, pour mon film, je me suis concentrée pour écrire une bonne histoire avec des personnages complexes et le reste s’est imposé dans mon écriture, comme mon obsession du savoir, de la place des femmes dans le monde d’aujourd’hui, de l’immigration. Tout ça fait partie de moi. C’est ce que je voulais raconter inconsciemment, et ça s’est transposé dans mon écriture. Je ne fais pas de films pamphlétaires ni de politique. Je fais de l’art.

Je me pose des questions et j’essaie d’exposer le monde comme je l’imagine. J’essaie de réfléchir sur le monde dans lequel je vis aujourd’hui et je ne veux surtout pas imposer des idées aux spectateurs, je ne veux pas leur dire quoi penser, quand il faut pleurer ou rire. Je voulais tout simplement faire le film qui me semblait le plus juste. Après, chaque personne le reçoit selon son histoire, son âge, son sexe… L’art appartient à celui qui le regarde. Ça n’appartient plus à celui qui l’a créé.

Anne-Élisabeth Bossé : Moi aussi, quand j’ai vu le film, je n’ai pas senti de message direct. Ce n’est pas un film didactique. Sauf qu’avec la loi qui est récemment passée à propos de l’avortement en Alabama, je me suis dit qu’il y avait quelque chose de très féministe de parler d’un personnage qui se fait avorter, même si ce n’est pas ça le drame principal du film. On réalise qu’ici, on a un droit acquis et le film le démontre, sans l’appuyer.

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