“Polytechnique: ce qu’il reste du 6 décembre” de Judith Plamondon

Trente ans après les terribles évènements de Polytechnique, qui ont marqué beaucoup de femmes, mais aussi d’hommes au Québec, la cinéaste Judith Plamondon propose de refaire le fil des évènements tout en l’analysant avec le recul nécessaire dans son touchant film Polytechnique: ce qu’il reste du 6 décembre.

Nathalie Provost

Le 6 décembre 1989, un jeune homme de 25 ans débarque dans l’École polytechnique de Montréal et ouvre le feu sur une vingtaine de personnes.

Quatorze femmes ont perdu la vie dans ce massacre et quatorze autres, dont 10 femmes, ont aussi été blessées avant que le tireur fou ne s’enlève la vie. Rapidement, on constate que ce dernier visait particulièrement les femmes.

Trois décennies sont passées et ce carnage reste la tuerie la plus meurtrière survenue dans un établissement scolaire du pays.

Devant la caméra, plusieurs témoins directs se sont confiées sans fioriture et avec le recul nécessaire, ne s’expliquent toujours pas ce qui s’est passé ce jour-là.

Le récit de certains comme Nathalie Provost, qui a souvent pris la parole publiquement pour réclamer plus d’encadrement des armes à feu, reste fort et très émouvant, notamment qu’elle aborde la séquence de ses blessures.

Il y a aussi beaucoup d’images d’archives qui donnent un sens particulier au film, aussi bien à ceux qui n’ont pas vécu ce drame qu’aux autres qui s’en rappellent encore. Et c’est le cas de beaucoup.

Des images du film Polytechnique, qui mettait en vedette Karine Vanasse, permettent également une meilleure compréhension de la séquence. C’est d’ailleurs à elle qu’a été confié la narration du documentaire et on devine qu’elle en est restée, elle aussi, profondément ébranlée par ce rôle qu’elle a du habitée.

Asmaa Mansour

Nathalie Provost tout comme Stéphane Chayer et Jean-Pierre Lalonde, qui étaient assis sur les bancs d’une des classes restent marqués par leur expérience traumatisante.

Il y a aussi le récit des blessées comme Asmaa Mansour, qui raconte l’ambiance morbide et apocalyptique qui régnait à ce moment-là et qui fera frémir particulièrement ceux qui ont étudié dans cet école.

Reste que la mise en contexte historique et même anthropologique de ce point sombre de l’histoire du Québec est portée par le témoignage de Francine Pelletier et Monique Simard, deux des féministes qui faisaient partie d’une liste de femmes à abattre que le tireur avait inscrite dans une lettre. Leur éclairage permet avec doigté d’inviter les gens à réfléchir.

Pour plusieurs la comparaison avec le drame de la mosquée de Québec sera inévitable et encore là, le temps pansera indubitablement les plaies et les questions.

Bref, il est impératif que les Québécois d’hier, d’aujourd’hui et demain aient la chance de voir ce film produit par Entourage Télévision, car il insiste sur l’essentiel: comment la société a refusé de voir l’évidence même, à savoir qu’il s’agissait d’un féminicide. Comprendre cela fait aussi partie des éléments qu’il faut prendre en considération pour mieux définir toute cette notion de l’identité du Québec.

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