«Kenbe la, jusqu’à la victoire» de Will Prosper: la force d’y croire

Il aura fallu trois ans au réalisateur et militant Will Prosper pour réaliser son nouveau documentaire sur les combats d’Alain Philoctète, militant et poète partagé entre une réalité montréalaise et des rêves pour Haïti. Dès le titre et les premiers plans montrant une île somptueuse et bien vivante, on comprend son intention d’illustrer la détermination, le courage, l’amour et l’espoir. À découvrir en salle dès le 31 janvier à la cinémathèque québécoise.

Will Prosper et Alain Philoctète sont des camardes de lutte. Ils se sont rencontrés en 2012 en pleine élection provinciale dans Bourassa-Sauvé. On suppose facilement que leur amitié est faite de sagesse, d’idéaux et surtout de projets.

Kenbe la – Jusqu’à la victoire raconte la vie d’Alain Philoctète animé par plusieurs combats: l’un pour son île d’origine, Haïti et l’autre, pour sa propre vie, lui qui se bat contre un cancer de la prostate.

Will Prosper

Alain Philoctète est un militant de longue date. Controversé par certains et après avoir été pris pour cible, il a dû quitter Haïti sous les années Duvalier pour atterrir à Montréal où il vit depuis plus d’une quinzaine d’années.

« Je m’étais promis de lutter jusqu’à la mort pour Haïti, mais j’ai changé. Je ne veux plus me battre militairement, non. J’aimerais que mon pays ait des dirigeants responsables, honnêtes, sérieux et que mon peuple soit heureux, que les enfants qui grandissent dans ce pays grandissent dans un beau pays», l’entend-on clamer avec amour et conviction lorsqu’il visite l’école bâtie par son père et se rend sur les terres de sa mère pour rencontrer les paysans.

Il faut dire qu’Alain Philoctète a un grand projet pour son pays d’origine: créer un écovillage ou plutôt recréer ce qui existait déjà en Haïti: le modèle lakou.

Traditionnellement, les familles élargies dans les régions rurales de l’île s’organisaient autour d’une cour centrale. Cette structure organisationnelle s’appelle en créole haïtien, le lakou. Et appliqué à l’agriculture, c’est un modèle privilégiant l’organisation des paysans et le système égalitaire et totalement indépendant de l’État. Notons qu’historiquement, ce modèle est très fort puisqu’il est né à une époque où il fallait lutter contre le retour des plantations donc de l’esclavage.

Au plus profond de lui, Alain Philoctète souhaite enseigner la permaculture à ceux et celles qui travaillent la terre, transmettre ses connaissances aux siens, apporter sa pierre à l’édifice.

«Oui, j’aimerais que mon pays gagne. L’alternative ne sera pas une alternative qui vient du ciel, non. On va la construire. Le peuple est en train de se battre », scande-t-il avec fierté.

Ce n’est pas pour rien que musicalement, on retrouve des instruments du rara ou de la musique vaudou tous deux amenés par Jenny Salgado, allias J-Kyll (Muzion), elle aussi animée par certains des mêmes combats.

«Foutu cancer »

Mais malgré toute sa détermination et motivation, Alain Philoctète est rongé de l’intérieur par le cancer. Il présente son projet aux siens, mais doit rentrer subir des traitements à Montréal, aidé de son épouse et de son fils.

Will Prosper présente alors la fragilité d’un homme qui dit ne pas avoir peur de la mort et montre ses faiblesses à la caméra sans chercher à les cacher.

Il se bat. Il tient bon, même s’il pleure en cachette, hurle de rage, se force à manger ou ne parvient à se souvenir de certaines choses. Son combat, c’est celui de la vie. La sienne, comme celle de son pays, Haïti.

Cette intimité est livrée avec pudeur et toujours avec dignité et amour. On retiendra les mots d’affection transmis par son épouse qui lui exhorte de vivre, parce qu’il a encore plein de choses à faire et que leur amour ne fait finalement que commencer. L’esprit de communauté, de famille est bel et bien présent dans ce documentaire poignant qui ne peut nous laisser réellement indifférents.

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