Féfé, un artiste qui revendique fièrement ses racines yorubas et sa langue francaise

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Trois ans après Le charme des premiers jours, l’ancien des Sain super crew Féfé a franchi un nouveau cap avec un petit bijou: Mauve. Courez l’écouter et vous percevrez sans doute cet hommage qu’il rend à l’Afrique, particulièrement à ses racines yoruba. «Pour moi aujourd’hui, le Nigéria, c’est simplement mes racines», dit-il en entrevue avec Touki Montréal.

Rejoint à Paris en plein hiver montréalais, Samuël Adebiyi qu’on appelle affectueusement Féfé est en grande forme. À 41 ans, l’artiste vient de clore un chapitre. Mauve est la dernière étape d’une trilogie telle qu’il l’a imaginée. «Pour moi, j’ai terminé artistiquement mon travail […] Je peux aller jouer avec cet album», envisage sans détour le chanteur.

Avec la pluie de belle critiques et les louanges qui tombent comme l’eau du ciel, Féfé savoure: «On se dit s’ayez, c’est fini». L’album vient alors juste de sortir.

Rien n’a pourtant été facile. Lorsqu’il commence son projet – il est aussi le producteur –, il n’a pas de maison de disque. «Il y a tous les soucis qui va avec la production: soucis d’argent, soucis de timing, soucis de délais», dit-il.

«C’est l’album des tripes, c’est l’album qu’il m’a fallu aller chercher. C’est l’album où j’ai fait la paix un peu avec moi-même aussi. J’ai été sur la trace des yorubas, le peuple dont je suis issu. J’ai été faire un vrai pèlerinage et essayé de trouver les réponses.»

Il ne faut pas le voir ou l’écouter pour le croire. Avec cet album sorti en plein froid de février, Féfé réchauffe les douces oreilles qui auront le plaisir de l’accueillir tendrement.

Féfé se produira Le 12 juin à 23 h à la scène Urbaine, et Le lendemain à 20 h à la scène Ford, aux francofolies de montréal.

Ce projet que plusieurs qualifient d’opus de maturité surprend par son entièreté. Puissant, grâce à sa complicité avec Ayo quand il parle de son Nige (lire Naija), romantique à souhait avec Dans tes yeux, il n’est pas moins reggae, hip-hop, rap, etc.

Féfé-Facebook-01Du Nigéria, il en est question abondamment dans cet album. Ses origines, il les assume complètement. Comme il l’avait déjà fait avec Doux pays sur le précédent opus. «Là, je voulais vraiment parler particulièrement du Nigeria. Je voulais vraiment faire ressortir mon identité.»

Elle est multiple. «Je suis né en France déjà et c’est assez particulier pour un Nigérien […] J’en parle avec amour et […] en y mettant toute cette ambivalence.»

De son enfance, il se rappelle, entre autres, de Fela, «c’est ma Madeleine de Proust à moi. C’est ce que mon père écoutait». Il parle d’un père très éclectique qui écoutait un peu de tout. À l’image de la diversité sonore qu’il propose sur son dernier produit.

«Le Nigéria, c’est deux choses: C’est autant un éden qu’un enfer», pointe l’artiste.

S’il parle couramment l’anglais qu’il a appris à 7 ans en Angleterre, le Français reste pour Samuël sa langue de créativité. «Je suis né en France […] MA première langue c’est le Français, c’est ma langue. Je ne peux rien y faire, c’est comme ça. J’ai du mal à lâcher le français», explique-t-il.

«J’aime cette langue, même ses complications, même son orthographe compliquée, sa grammaire compliquée.  C’est fantastique le français.»

Ceux qui succombent à son flow ne seront pas déçus. Fefe déchire toujours tout. S’il est résolument mature ce projet, il est avant le reflet d’un extrait de tripe d’un artiste qui assume tout. Son héritage yoruba, son autre langue l’anglais, ses amis -Ayo, M- et ses goûts musicaux.

Dans son album, il y a des surprises qu’on ne sait où classer comme le titre No puedo qui propose un peu de rythmes latins dans cet univers de fusions/defusions. Il a été pensé lors d’un voyage à Cuba où il y a des Yoruba aussi, comme au Brésil. «Ce que j’ai aimé [lors de cet aventure], c’est de voir la même énergie que je retrouve en Afrique. C’est très grisant. »

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