Les enfants de Troumaron au Festival des Films du Monde 2012

Produit en 2012 par la société de production Cine Qua Non, Les Enfants de Troumaron est une adaptation du roman Ève de ses décombres (Gallimard, 2006) de l’auteure Ananda Devi, scénariste du film. Dans le cadre du Festival des Films du Monde, le film mauricien du réalisateur et producteur Harrikrisna Anenden a été projeté au Cinéma Quartier Latin dans la section Un certain regard sur le monde.

Après avoir adapté à l’écran la nouvelle La Cathédrale en 2006, Harrikrisna Anenden se lance dans la réalisation du treizième roman de l’auteure Ananda Devi, Ève de ses décombres (Prix des Cinq Continents de la Francophonie), dont l’intrigue se déroule à Troumaron, un quartier aux alentours de Port-Louis, capitale de Maurice.

Au coeur du film se trouvent quatre Mauriciens de dix-sept ans, Ève (Kitty Phillips), Savita (Vinaya Sungkur), Sad (Roshan Hassamal) et Clélio (Kristeven Mootien), prisonniers des murs en béton de leur cité.

Tandis qu’Ève se prostitue dans les rues de la capitale, Sad écrit sur les murs de sa chambre des poèmes de Rimbaud.

Clélio joue de la guitare sur le toit de son immeuble en pensant à son frère Karlo, parti faire sa vie en France, le laissant sans nouvelles. Enfin, Savita projette en secret de s’enfuir afin de trouver sa place.

Quatre jeunes dont l’espoir en la vie a été rapidement tari et dont les existences seront bouleversées suite au meurtre de l’un deux.

« Le roman est fiction mais ma caméra n’a pas menti »

Kitty Phillips

Bien loin de l’exotisme et des stéréotypes, le documentariste Harrikrisna Anenden filme dans des décors réels les tribulations des protagonistes d’Ananda Devi, mis en scène par des acteurs amateurs dont la première expérience est loin d’être manquée.

« Kitty Phillips qui joue Ève n’est pas une actrice professionnelle, mais elle a du potentiel, souligne le cinéaste. Il faudrait qu’elle songe sérieusement à se lancer dans le cinéma. »

Attachant une importance particulière à rendre à l’image, toute la poésie de l’écriture de l’auteure mauricienne, Harrikrisna Anenden explique avoir passé de longues heures à réfléchir à l’élaboration de ses plans.

« Ce sont deux expressions artistiques très différentes, l’une la plume et l’autre l’image, précise-t-il. Ce n’est pas aussi évident de mettre à l’image ce qui s’est passé dans l’imaginaire de l’auteur. Je n’ai pas participé à l’écriture, mais j’ai donné mon point de vue. »

« La réalisation du film a été le lieu de nombreuses conversations. J’ai dessiné les angles de caméra. J’ai aussi joué sur la lumière et les gros plans pour pouvoir introduire le côté poétique. J’ai aussi pris beaucoup de temps pour construire le personnage d’Ève et son parcours puisqu’elle se prostitue depuis l’enfance; elle a monnayé son corps pour tout, même pour son diplôme. Je me devais de trouver comment mettre en image cette situation et ne pas rendre le film vulgaire. Je pense l’avoir fait de manière poétique, à la manière de l’écriture d’Ananda Devi. »

Malgré une réalisation difficile et une postproduction tout aussi laborieuse en Europe, le réalisateur a offert au Festival du Film du Monde un long-métrage de fiction dont les plans larges fixes – regard direct sur la population – rendent poreuses les frontières d’avec le documentaire, mettant ainsi en lumière l’envers du décor de l’île surnommée Perle de l’Océan Indien.

AUCUN COMMENTAIRE

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.