Les haltérophiles sont forts et fragiles en RDC

A Kinshasa et à Matadi, de plus en plus de jeunes font de l’haltérophilie. Certains veulent ressembler aux catcheurs américains qu’ils adulent, d’autres se donner une image d’homme fort… Quelles que soient les raisons, pratiquer ce sport sans les conseils d’un spécialiste n’est pas sans conséquence sur la santé.

Dans les rues de Mbanza-Lemba, un quartier du sud-ouest de Kinshasa, il est très fréquent de rencontrer des jeunes dont l’âge de 14 et 30 ans aux biceps bien gonflés. Ils ont fière allure quand ils marchent, portant souvent des singlets et cherchant à attirer l’attention. Dès cinq heures du matin, ils prennent d’assaut les principales rues du quartier ou la cour des parcelles qu’ils transforment en « salles de gym », soulevant de lourdes haltères.

Ils se font appeler « Maîtres », « Engambe » (homme fort, Ndlr) ou portent différents noms des catcheurs américains, etc. « Je le fais pour maintenir une bonne forme », explique Brigain, un jeune de Mbanza-Lemba. D’autres jeunes ont des objectifs particuliers : « Avoir de l’embonpoint, c’est se faire respecter dans cette ville où des racketteurs font la loi », affirme, pour sa part Alain Mumpasi.

Province voisine de Kinshasa, le Bas-Congo est aussi gagné par ce sport. « Nous sommes envahis par des racketteurs qui viennent de Kinshasa, il nous faut ce sport pour nous défendre, argumente, montrant ses gros muscles, Chadrack Tutondele, un habitant de Matadi. Ils sont lâches en usant des machettes. Ils ne sont d’ailleurs pas forts car ils fument du chanvre et boivent des boissons fortes. Nous les combattants avec nos biceps ».

Encadré par des spécialistes

Ces gros bras provoquent souvent la violence. Les habitants assistent à des bagarres rangées entre jeunes des quartiers différents, comme au soir de Noël au cours duquel cinq parmi eux en sont venus aux mains dans une rue de Mbanza-Lemba.

halterophilieMédecin directeur du Centre de santé de la médecine des sports, Dr Mannix Lukau affirme « que l’haltérophilie est un sport olympique qui permet de maintenir la forme, lutter contre les maladies cardiovasculaires et l’excès du poids… ». Cependant, soulever les haltères peut avoir des conséquences sur la santé si ce sport n’est pas encadré par un spécialiste.

« Cela peut causer des accidents ostéo-articulaires, l’élongation et des déchirures des muscles », prévient Dr Mannix. « C’est ce qui justifie que certains pratiquants marchent en se penchant parce qu’ils ont déformé leur anatomie », renchérit Toussaint Lofanga, entraîneur national de boxe. « Ils deviennent comme des monstres. Comment donner ma fille à un homme de ce genre ? », s’interroge Sidonnie Makwala, une mère de Matadi.

Pour obtenir un bon résultat, « il faut aussi un régime particulier. Car l’alimentation joue un rôle capital, précise Dr Mannix. Il faut que les jeunes fassent l’haltérophilie sous supervision médicale ». Conscient du danger, Driscar Lutonadio, un jeune de Matadi qui avait commencé a résolu d’abandonner tant qu’il ne trouvera pas une salle de gym spécialisée au chef-lieu de province. Il ne veut pas en plus mettre sa santé en danger « faute d’une bonne nourriture ».

Au-delà du sport, l’haltérophilie est devenue un gagne-pain. Des nombreux jeunes qui la pratiquent sont embauchés comme vigiles, gardes du corps des musiciens ou des personnalités influentes ou postulent dans la police.

Par Alphonse Nekwa Makwala

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