“Barokan” de Djely Tapa: la révolution musicale d’une guerrière mandingue!

Sorti en janvier 2019, sous l’étiquette Disques Nuits d’Afrique, «Barokan» est le premier album proposé par Djely Tapa avec onze titres, en bambara, malinké et Khassonké dans la tradition mandingue, mais avec des couleurs blues, électro, avec des ambiances planantes sahéliennes saupoudrées parfois même de RnB et de neo-soul.

Rassurez-vous, Barokan ne trahit en rien la musique et la tradition mandingue. Au contraire, cette fusion moderne et traditionnelle lui donne un son unique et afro contemporain. Réalisé avec brio par le Montréalais d’origine tchadienne Caleb Rimtobaye (AfrotroniX, H’SAO),  l’album est une petite révolution en soi!

Issue d’une grande lignée griotique, Tapa ne se gêne pas pour dire avec un ton léger et un peu moqueur que ce mélange de genres musicaux est parfois décrié dans sa propre famille. Car le travail premier d’un griot est de perpétuer la tradition et non de la métisser.

Sa carrière musicale est toutefois soutenue par sa mère, la griotte et joueuse de Kora Kandia Kouyaté, surnommée la « Dangereuse ». La légende raconte que des spectateurs se sont déjà évanouis en l’écoutant chanter. Elle a été une des premières griottes à intégrer des instruments modernes dans sa musique et a toujours valorisé et soutenu le mélange des genres.

Barokan s’ouvre sur Future Art Tribe, où l’on découvre la voix puissante de l’artiste tantôt grave et des fois aigus et surtout sa marque de commerce: son débit incandescent qui ne laisse personne indifférent.

Tapa est réputée pour chanter dans le style diatonique (griotique) depuis des années, mais l’album est composé en majorité dans la gamme pentatonique (Briko). C’est un style musical qu’elle gardait pour elle. Il se veut  un hommage à la femme africaine et son féminisme, mais aussi à ses racines familiales.

D’ailleurs, Dejly Tapa n’hésite pas à dire que Barokan est surtout l’héritage que la sœur de sa grand-mère maternelle Saran Kouyaté lui a léguée avant son décès. Elle lui rend même hommage avec la chanson Home aux accents RnB et neo-soul.

«Saran était ma tante, mais aussi mon amie. On s’appelait nterini (mon amie). C’est l’une des plus belles voix que j’ai entendues. Elle était la voix! Elle me disait  toujours, c’est à toi que je laisserai mon héritage. Et je ne comprenais pas », a-t-elle confié en entrevue au moment de la sortie de l’album

«Depuis son départ et jusqu’au jour où j’ai finalisé Barokan, j’ai la sensation qu’elle est en moi, a-t-elle ajouté. Elle vit en moi. Sur Home, on peut entendre d’ailleurs la voix de Caleb, qui dit : j’aimerai encore, chanter avec toi, danser avec toi.»

Nommée plus tôt cette année Révélation Radio-Canada dans la catégorie musique du monde, Tapa se révèle avec Départ pour lune et son refrain entraînant, ses guitares et son rythme Soukouss.C’est une autre fusion inusitée qui fonctionne … à merveille.

Barokan n’est que le début de la révolution musicale de  Djely Tapa. Elle le dit ouvertement :

«Je n’ai jamais rien eu de facile dans la vie. J’ai toujours eu à me battre pour obtenir ce dont je voulais et pour réaliser mes rêves. Alors, il y aura d’autres albums. Je continuerai l’héritage de ma mère. Celle d’amener la musique mandingue sur les scènes internationales!»

Djely Tapa est spectacle ce mardi, dans le cadre du festival nuits d’Afrique à 20h au Ministère.

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