Le voile rouge : récit initiatique aveuglant

« Je viens d’un monde où l’adolescence n’existe pas. » La première phrase du roman Le voile rouge, de Bachir Kerroumi, donne le ton du récit.

Un jeune garçon, issu d’un quartier pauvre d’Oran, une ville algérienne, raconte son expérience d’immigrant clandestin, à l’âge de 15 ans, en France. Après deux ans d’errance et d’exil, son sort semble s’améliorer quand s’abat sur ses yeux un voile rouge. Un nouvel apprentissage s’effectue : celui de vivre sans la vue. Le narrateur tente alors de se diriger grâce aux odeurs et aux sons. C’est ainsi qu’il apprend que «les voix ont une couleur».

Le voile rouge est un récit d’initiation sans fioritures. Dans une langue simple et fluide, ponctuée parfois de relents poétiques, Bachir Kerroumi raconte une histoire qui ressemble à la sienne. Ceinture noire de judo, ingénieur et atteint de cécité, l’auteur arrive lui aussi en sol français à l’âge de 15 ans, après une enfance passée à Oran.

D’une maturité désarmante pour son âge, le narrateur du récit dénonce la dureté de sa ville natale : «Oran ressemble à une femme méditerranéenne au tempérament excessif». L’hypocrisie et la corruption y règnent. La France, du point de vue de l’immigrant, n’est pas non plus choyée. En réalité, la poésie – de Mohamed Loakira, d’Amina Saïd, d’Abdelaziz Kacem, entre autres – est le seul baume pour cet adolescent dotée d’une vieille âme.

Oscillant entre lucidité et incompréhension, le narrateur dissèque ses rapports avec autrui – arabes et français, hommes et femmes – du point de vue désemparé de l’immigrant et, plus tard, de celui d’un aveugle. Un recul qui se traduit par un certain détachement dans le texte. Un détachement que le lecteur ressent aussi par moments, malgré le parcours difficile et douloureux de ce jeune homme.

Bachir Kerroumi, Le voile rouge, Gallimard, 2009.

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