RD Congo : manger pour grossir égale gros risques

Dans la province du Bas-Congo comme un peu partout en RD Congo, être gros est un signe extérieur de richesse et de bonne vie. Du coup, les gens mangent gras et sucré pour grossir. Certaines femmes vont jusqu’à absorber des médicaments pour prendre plus de poids. Des comportements à risque qui entraînent de graves maladies difficiles à traiter par la suite.

(Syfia Grands Lacs/RD Congo)

Les hommes et femmes qui aiment manger gras se bousculent souvent dans les restaurants, alimentations ou charcuteries de Matadi (chef-lieu du Bas-Congo). Fortunés ou parfois gagne-petit, ils n’ont qu’une seule idée en tête : manger pour grossir. Les clients qui fréquentent ces endroits consomment à satiété hamburgers, chawarma (sandwich d’origine libanaise à base de pommes de terre, de viande ou de poulet, de légumes avec mayonnaise), chocolat, jambon ou saucisse, coca… Des aliments riches en sucre et en graisse, comme le fait remarquer Jean Kudia, coordonnateur provincial de la nutrition.

Responsable local du Programme de lutte contre le diabète, le Dr Olivier Kingulu s’inquiète de ces habitudes alimentaires qui se répandent dans le pays. « Les gens mangent mal, dit-il. Dès qu’ils ont un peu d’argent, ils se suralimentent et emmagasinent ainsi du cholestérol au lieu de privilégier des aliments riches en fibres. Si en plus ils sont sédentaires, ils ne peuvent que prendre du poids… »

Préjugés dangereux

Ces comportements alimentaires résultent des préjugés en cours en RDC et dans certains pays africains, selon lesquels être gros signifie être un homme ou une femme aisés et en bonne santé. Les hommes riches ont, il est vrai, souvent de l’embonpoint. Ceux qui travaillent et qui gagnent assez bien leur vie dépensent parfois toutes leurs économies à manger gras. « Je dois jouir de mon argent quand je suis en vie, car demain ne nous appartient pas », explique un jeune douanier, rencontré dans un fast-food de Matadi.

Certains, hommes comme femmes, prennent en plus des produits pour stimuler leur appétit. La prise de médicaments qui font grossir, par voie orale ou anale, est beaucoup plus courante chez les femmes.

Elles se laissent séduire par des chansons ou des messages publicitaires, qui vantent la beauté des « femmes bien en chair », et non de celles qui ont une taille de guêpe. « Pour que les hommes sentent ma présence, je ne dois pas avoir que des os. Je dois avoir de la chair », estime une jeune fille de Nzanza, un quartier de Matadi où les produits pour grossir sont à la mode.

Aujourd’hui, c’est le C-4, un médicament contre les allergies et les démangeaisons, qui a la cote. Les femmes l’appellent tia fouin (parions, en lingala). Elles l’utilisent en signe de défi qu’elles se lancent entre elles ou lancent aux hommes qui aiment les filles bien potelées. Vendu en pharmacie, en sirop à 800 Fc (0,8 $) le flacon ou en comprimés à 100 Fc (0,01 $) la boîte, ce médicament stimule l’appétit et procure un gain de poids même quand on mange sans excès. La posologie normale est de trois comprimés par jour, mais certaines femmes en avalent jusqu’à dix, ou les utilisent par voie rectale, en les associant à forte dose à un autre anti-inflammatoire…

Une alimentation trop risquée

Au bout de quelques mois, si elles obtiennent parfois l’effet et les kilos recherchés, les réactions de leur organisme peuvent aussi être violentes. « C’est une bombe à retardement, car ces médicaments engendrent beaucoup d’effets néfastes sur le cycle menstruel, le système nerveux. Ils provoquent des vergetures, prédisposent au diabète, à l’hypertension, au cancer… et troublent la pilosité chez la femme », avertit Yves Lesako, un pharmacien.

Aliments gras et médicaments qui font prendre du poids forment un cocktail détonnant. Selon une étude menée en 2009, l’hôpital général de référence de Kikanda (public) a recensé 1 215 diabétiques sur un échantillon de 6 000 personnes. « Pour 61,5 % d’entre eux, la maladie était due à un surpoids causé par l’alimentation », rapporte le Dr Olivier Kingulu. Les femmes sont les plus touchées. Médecins et nutritionnistes ne cessent de conseiller aux gens d’avoir une alimentation plus équilibrée et un mode de vie plus saine : manger des légumes et des fruits, réduire la consommation de sucre et de graisses et faire de l’exercice, notamment de la marche à pieds.

Par Nekwa Makwala

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