Nord-Kivu : des jeunes refusent d’intégrer les groupes armés

Fatigués de fuir l’insécurité dans leurs villages et dissuadés par la société civile, de nombreux jeunes du Nord-Kivu refusent d’intégrer les groupes armés actifs dans leur province. Certains de leurs collègues, pour des intérêts inavoués, sont cependant encore tentés…

Paluku M. a échappé en juin dernier au recrutement forcé dans un mouvement rebelle en gestation dans les montagnes de Rwenzori, à l’est de Beni. Ce jeune homme d’une vingtaine d’année résidant à Eringeti, à environ 400 km au nord de Goma n’est pas le seul à avoir fui les zones où des groupes armés les recrutent de force dans leurs rangs y compris les tout petits.

Une centaine de jeunes des villages d’Eringeti, Maimoya, Luna, Kyavinyonge et Karuruma ont ainsi abandonné leurs localités pour se refugier à Beni. Notable de la chefferie de Watalinga, dans le territoire de Beni, Ndelema Ndigheya relaye régulièrement sur les radios locales le mémorandum de jeunes de ces agglomérations qui refusent d’être recrutés contre leur gré. Même cas pour des jeunes de Rutshuru, qui ont haussé le ton contre le recrutement forcé des enfants et des jeunes à Rugari et Ntamugenga par le M23 qui contrôle ce territoire.

« Nous ne pouvons pas gâcher notre vie pour toucher une petite somme. Nous avons vu nos frères qui ont mené la guerre de libération (1996, Ndlr). Aujourd’hui, ils sont plus pauvres. Et ceux qui ont été blessés par balle sont abandonnés à leur triste sort… », affirme Matthieu, un habitant de Mavivi (territoire de Beni) qui a refusé une proposition de recrutement au sein d’un groupe armé qui lui proposait 200 $.

Le camp du refus

Depuis le déclenchement de la guerre au Nord-Kivu, il y a quatre mois, une unanimité semble se dégager auprès d’un grand nombre de jeunes du territoire de Beni contre leur intégration au sein des groupes rebelles. Contrairement à 1996, lors de la guerre dite « de libération » où l’on a vu plusieurs jeunes et des enfants combattre aux cotés des rebelles pour chasser du pouvoir le régime dictatorial de feu le maréchal Mobutu. Ces mêmes jeunes ont aussi été mobilisés pendant les rebellions du RCD, MLC et autres entre 1998 et 2003.

Les associations de jeunes se mobilisent et appellent leurs collègues à ne pas répondre aux sollicitations des recruteurs. L’Union de jeunes pour le développement de la ville et territoire de Beni (UJDTB) a ainsi récemment lancé un communiqué à Oicha condamnant l’utilisation des enfants soldats dans les rangs des ennemis et exigeant que leurs auteurs soient poursuivis par la justice. Le Parlement d’enfants donne aussi de la voix. Dans des émissions radios diffusées, il explique certains articles relatifs aux droits de l’enfant et l’interdiction de l’utiliser dans les groupes armés.

Motivations diverses

Si dans la partie appelée « grand nord » du Nord-Kivu (territoire et ville de Beni, territoire de Lubero et ville de Butembo), les jeunes rechignent à se faire, à Masisi, Rutshuru et aux environs de Goma, certains d’entre eux semblent se laisser tenter. « Nos amis sont devenus des colonels, majors, etc. Leur vie a complètement changé.

D’autres se sont même acheté des villas et des véhicules. Ayant fait la rébellion, ils sont devenus riches et intouchables, affirme un jeune du quartier Katoyi à Goma, apparemment prêt à combattre aux cotés de la nouvelle rébellion M23. Attiré par l’exploitation illégale de minerais dans ces territoires, il ajoute que c’est une belle occasion de gagner sa vie ».

D’autres prétendent s’engager pour protéger leurs villages. « Notre communauté a été longtemps marginalisée, c’est maintenant une occasion de faire écouter notre voix, par la force. Et comme nous finirons par négocier, nous aurons déjà pris un pas d’avance dans nos revendications », lâche discrètement un autre jeune de Goma, qui étouffe sa voix lorsque d’autres jeunes, majoritairement opposés au M23, s’approchent de lui.

Les manifestations amorcées par les organisations de la société civile du Nord-Kivu et l’Eglise catholique depuis juin dissuadent davantage les jeunes tentés de rejoindre le mouvement rebelle. Chaque jour à midi, les habitants font des concerts de bidons et sifflets pendant cinq minutes sur les artères de la ville de Beni. Une manière pour eux de s’opposer contre toute nouvelle guerre à l’est de la RDC.

« Nous n’avons rien gagné pendant les rébellions antérieures, sinon d’avoir perdu nos parents et nos sœurs ont été violées. Tout politicien qui soutient cette guerre sera maudit », pense Gilbert Kambale président de la société civile de Beni.

A ceux qui sont tentés d’intégrer les groupes armés, Sabimana Hategeka, un ex-soldat qui a autrefois combattu au sein des rébellions au Nord-Kivu, veut aujourd’hui servir de contre exemple : « Je regrette à mon âge tout le temps perdu aux côtés des groupes armés. Tous mes collègues sont devenus licenciés ou gradués. Moi, je commence à peine à apprendre un métier… »

Par Alain Wandimoyi, Jacques Kikuni Kokonyange

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