Les Congolais traversent le Rwanda en toute quiétude

Traverser le Rwanda pour rentrer chez eux au Sud-Kivu apparaissait comme une aventure risquée aux étudiants congolais de Goma, inquiets de voyager dans ce pays considéré comme ennemi. A leur grande surprise, ils y ont été accueillis avec bienveillance et ont sillonné le pays en toute tranquillité.

Syfia international

« Quand on regarde ce que vivent les gens, personne ne peut savoir que les politiques rwandais et congolais ne s’accordent pas », s’étonne Musa Nzamu, étudiant congolais à l’Université libre des pays des grands lacs (ULPGL) à Goma qui a traversé le Rwanda pour rentrer chez lui à Uvira au Sud-Kivu.

Ses parents inquiets, comme ceux d’autres étudiants avec qui nous étions, lui avaient demandé de revenir le temps que la situation sécuritaire se stabilise. Mais après la prise de Goma par les rebelles, le 20 novembre, y arriver était un casse-tête : les bateaux qui traversaient le lac Kivu jusqu’à Bukavu n’ont pas circulé jusqu’au 6 décembre et la route passant par Sake et Minova est en pleine zone de conflit.

Il ne lui reste qu’une solution, passer par Kigali au Rwanda, pays considéré comme ennemi par la RD Congo qui l’accuse de soutenir le M23, les rebelles qui ont durant 10 jours occupé la grande ville du Nord-Kivu. Pourtant, contrairement aux préjugés en vigueur en RDC, particulièrement dans l’Ouest du pays, qui laissent courir le bruit que les Rwandais tuent facilement les gens, ceux-ci ont bien accueilli ces voyageurs congolais. Une réalité difficile à faire croire aux journalistes de Kinshasa qui n’arrivent pas s’imaginer que nous avons traversé le pays sans encombre.

« Que les politiciens nous laissent bien vivre »

A la « Grande barrière », la frontière qui sépare les villes jumelles de Goma en RDC et Gisenyi au Rwanda, nous nous retrouvons à sept à faire route ensemble. Après les formalités, nous débarquons à Gisenyi où rien ne fait croire que le Rwanda est en guerre contre notre pays. Nos bagages sont contrôlés comme ceux des autres, sans vigilance particulière.

A Gisenyi, les motards qui nous amènent au parking de bus pour Kigali nous parlent comme des amis de longues dates. « Où pouvons-nous trouver des véhicules pour nous amener à Cyangugu (à la frontière avec Bukavu, Ndlr) ? » demande Fabrice, un polytechnicien de l’ULPGL-Goma, un des étudiants du groupe. L’air jovial, Georges Nsabimana, un motard de Gisenyi lui explique en détail le circuit des bus à prendre.

Un voyage au long cours, assez fatigant. Il faut trois heures de route pour faire Gisenyi – Kigali et six heures, Kigali – Cyangungu. Mais G. Nsabimana réconforte son interlocuteur : « La route est en bon état. Les bus autant. »

La situation sécuritaire à Goma préoccupe aussi les Rwandais. Sur sa moto, Sylvestre demande : « Est-ce que beaucoup de civils ont été tués ? Je pense que cette situation est politique, nous, simples citoyens ne sommes pas concernés. Que les politiciens nous laissent bien vivre ». Parmi ses plus fidèles clients figurent des Congolais qui font souvent des navettes entre les deux pays. Mais ces derniers jours, ses recettes sont maigres car beaucoup de gens ne traversent plus.

Les mises en accusation du Rwanda comme agresseur de la RDC ne semblent pas affecter les relations entre les deux peuples. Dans les magasins de Kigali où travaillent des Congolais, personne n’est pointé du doigt. C’est ainsi qu’avant d’aller à Cyangugu, M. Nzamu a passé une nuit chez un citoyen du pays de mille collines à Nyamirambo, le quartier populaire de Kigali. Ils ont même partagé à manger.

Pendant les voyages en bus, les Rwandais parlent peu de la guerre du Congo. Un seul sur les 18 qui étaient dans le bus m’a posé la question de savoir si les rebelles occupaient toujours la ville et à quand leur retrait. Ils sont très calmes, très discrets. A l’inverse, les voyageurs congolais analysent entre eux et à vive voix les informations diffusées sur les radios rwandaises que nous captons dans le bus.

Par Trésor Makunya Muhindo

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.