Betty Bonifassi, comme vous ne l’avez jamais entendue

Le premier album solo de Béatrice « Betty » Bonifassi a été lancé le 22 septembre dernier au Cabaret du Mile-End. La chanteuse s’est saisie d’un sujet grave – l’esclavage – pour construire un disque riche et intéressant sur le thème de l’espoir, promis d’ores et déjà à un bel avenir.

Betty_Bonifassi_DSC_1164Dès les premières notes de la pièce Prettiest train de l’album éponyme Betty Bonifassi, certains penseront instinctivement aux films O Brother, ou encore Django Unchained.

Avec cette première pièce, un work song (chants qu’entonnaient les esclaves en travaillant), la chanteuse pose le décor de son premier disque, sorti quelques mois après son spectacle au Festival international de Jazz de Montréal : Chant d’esclaves, Chants d’espoirs.

Cet espoir est caractérisé tout au long de l’album par un mélange de sonorités passées et contemporaines.

« Betty Bonifassi pose une voix soul, blues grave et lance cette phrase à la fois comme une supplique, une affirmation »

Betty_bonifassi_Couverture_HiResLes influences électroniques du claviériste Alex McMahon (co-réalisateur) se font sentir tout au long des morceaux, accompagné par le bassiste Jean-François Lemieux (également co-réalisateur) et Benjamin Vigneault à la batterie.

L’album est construit comme le slang, ce langage caméléon qu’utilisaient les esclaves entre eux afin de ne pas se faire comprendre en présence de leurs maîtres; chaque pièce explore une nouvelle manière de passer un message.

No More My Lawrd, autre pièce de l’album, traduit bien cette idée d’espoir. Cette chanson est un mélange des genres avec des violons classiques et une section de cuivre faisant penser à un big band. La section rythmique, à la fois électronique et acoustique, donne à cette musique un côté jazz dans l’interprétation. Sur cet ensemble, Betty Bonifassi pose une voix soul, blues grave et lance cette phrase à la fois comme une supplique, une affirmation.

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Les paroles de cet album sont d’ailleurs le fruit de sa découverte du travail de John et Allan Lomax qui, en 1933, ont enregistré les musiques noires traditionnelles sen parcourant les routes des États-Unis.

Pour en savoir plus sur le travail de Lomax: « Lomax : collecteurs de folk songs de Frantz Duchazeau, Dargaud« , une BD sur l’histoire de l’ethnomusicologue Alan Lomax (1915-2002) et son fils John qui ont collecté, compilé et archivé ces chants d’esclaves sur plusieurs décennies.

Plusieurs autres musiques sur l’album s’adresseront à ce Lawrd, seigneur de la plantation, cet exploitant abusif (Whoa Buck, Grizzly Bear, Black Betty).

Béatrice Bonifassi est née d’un père franco-italien et d’une mère serbe, un des peuples des BaL’lkans à avoir été durant six siècles les esclaves de grands empires. C’est donc dans son histoire personnelle et son admiration pour la façon dont les Noirs-américains ont surmonté cette tragédie qu’elle a puisé son inspiration.

Avec ce disque, Betty affirme que la question de l’esclavage dépasse l’histoire du peuple noir pour s’inscrire dans l’histoire humaine. En ce faisait le porte-étendard des Lomas, mais surtout des autres, la chanteuse tend à démontrer que malgré tout…. l’espoir est permis!

Avant ce projet titanesque, Betty Bonifassi s’était déjà fait un nom en interprétant brillamment la bande sonore du film Les Triplettes de Belleville (Oscar de Meilleure chanson pour Belleville Rendez-vous avec Benoit Charest), avec Jean-Phi Goncalves dans la formation BEAST et grâce à ses nombreuses collaborations avec DJ Champion.

Pour en savoir plus :

– Le site web de Betty Bonifassi

La page Facebook de Betty Bonifassi

L’histoire des Lomax

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