L’Afrique de Papa selon Hippolyte

La nouvelle collection de BD « Des bulles dans l’Océan » vient de publier le dernier d’Hippolyte (Mr Paul, Le rêve d’Icare, Minik). Dans L’Afrique de Papa, le bédéiste met en lumière les frasques de « l’Afrique des Blancs »

Saly Portudal est au Sénégal ce que la bière est à la Belgique… On ne peut pas trop s’en vanter (pour les conséquences) mais on est fier des retombées économiques.

En 2008, l’auteur Hippolyte débarque dans ce coin de paradis qui n’a rien à envier à Acapulco, Guadalajara ou Cuba. La seule différence (et encore…) c’est qu’on est dans un village, jadis de pêcheurs. Les prix sont en CFA et non en dollars. Moralité, plusieurs expatriés viennent finir leur vie, dépensant sans compter leur versement de retraite.  C’est le cas du père de l’auteur.

Pour livrer sa pensée et faire partager son expérience, l’auteur se sert de son crayon pour recréer les personnages, en essayant de leur faire dire ce qu’il a compris ou cru comprendre. Pour le reste, Hippolyte a opté pour les images captées par son appareil photo.

Déjà la une de l’album prévient le lecteur. En haut, une photo d’un lutteur sénégalais, poing fermé et le geste d’un coup porté vers l’avant. En bas, un exemple de la BD où l’on voit le père de l’auteur remuant le popotin au milieu de jeunes sénégalaises entourées d’autres expatriés. Contraste saisissant entre un Sénégal traditionnel où les lutteurs sont des héros et une luxure qui  ne dérange pas trop.

En avant propos, l’auteur confie son malaise dans son voyage et sa découverte d’un Sénégal particulier.

« J’ai vu Saly. J’ai vu son paradis. Il [son père, Ndlr] me l’a fait partager. Je n’ai pu m’empêcher d’écrire tout ce que je voyais, de dessiner les ambiances, de photographier les lieux, les corps. Je ne pense toujours pas connaître le Sénégal, encore moins l’Afrique. Je connais simplement le Sénégal de mon père, le Sénégal des Blancs, des toubabs. »

La force de « L’Afrique de Papa » réside dans le récit de cette autre Afrique triste, sans culture, pleins de vices et dont le point de convergence de tous les acteurs reste l’argent. Plus qu’un « carnet de voyages », cet album d’Hippolyte renvoie ceux qui profitent de ce système sur le banc des accusés.

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