Le terroriste noir de Tierno Monénembo

Récipiendaire du Prix du Roman Métis 2012 avec ce roman historique, Le terroriste noir (Seuil), Tierno Monénembo (Prix Renaudot en 2008 avec Le roi de Kahel) revient sur l’histoire peu connue de ceux que l’on nommait durant la Seconde Guerre Mondiale les « tirailleurs sénégalais ». Solidarité, découverte de l’Autre et amour d’une France Libre sont les principaux thèmes qui traversent de part et d’autre cette œuvre trop pleine de promesses non tenues.

Au cœur du village de Romaincourt niché dans les montagnes des Vosges, en France, Addi Bâ, soldat guinéen, participe activement aux premiers émois de la Résistance. Avec l’aide complice des paysans de la région, il crée l’un des tout premiers maquis, le Maquis de la Délivrance, au nez et à la barbe des Allemands et des collaborationnistes français.

Tierno Monénembo propose un récit dialogué, qui se voudrait emprunt d’oralité et donc vivant, entre Germaine Tergoresse (vieille amie d’Addi Bâ, âgée de dix-sept ans en 1942) et le neveu du tirailleur, douanier de profession.

Ce dernier, alors de retour de Cuba, se voit offrir un billet pour la France, afin de recevoir la distinction à titre posthume remise à son oncle par le gouvernement français. Germaine, ultime lien entre Addi Bâ et son neveu et dernière dépositaire de la mémoire du soldat, joue alors les conteuses (à l’instar des griots) en narrant les trois années d’Addi Bâ au sein de Romaincourt.

« Il n’aura passé que trois ans avec nous, seulement trois ans, mais maman déclarait qu’elle avait l’impression qu’il était là depuis toujours, à notre insu, un peu comme ces nuages qui se forment sous vos yeux alors que vous vous demandez d’où ils ont bien pu sortir. » (p.27)

Ce dialogue, bien que prometteur, est cependant laborieux, parfois boiteux et montre plutôt que dissimule les faiblesses du récit.

D’une part, la narration oscille avec maladresse entre la conversation et l’exposition des faits chronologiques. Si bien que certains lecteurs ne sauront plus quel point de vue est adopté à certains moments.

La polyphonie du roman s’apparente dans ces cas plus à une cacophonie, perdant le lecteur dans un bain de voix principale et secondaire : qui prend en charge cette partie de l’histoire, Germaine ou quelqu’un d’autre ?

À cela s’ajoute une gestion du suspense parfois malhabile, notamment dû au choix d’une fragmentation abusive et parfois aléatoire du récit en d’infinis paragraphes. Cette segmentation assumée laisse la place à des questions d’ordre narratologique qui n’auraient pas lieu d’être et qui perturbent la lecture déjà complexe.

Toutefois, Tierno Monénembo avec Le terroriste noir en installant son récit dans un entre-deux temporel, offre deux regards parallèles intéressants. D’abord et avant tout, un regard historique (et peut-être introspectif) sur un pan sombre et oublié de l’histoire de la France, mais aussi un regard plus actuel sur l’histoire-en-train-de-se-faire du pays, enlisé dans des questionnements d’identité nationale à l’heure où l’immigration pose des soucis d’intégration.

En 1942 et jusqu’à sa mort, Addi Bâ, surnommé « le Nègre » lorsqu’il était absent, aura été considéré par tous les villageois de Romaincourt, comme un habitant à part entière.

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