Matadi : le casse-tête des habitants pour trouver un terrain à bâtir

Il n’est pas facile pour de nombreux habitants de Matadi, à l’ouest de Kinshasa, de trouver un terrain constructible dans cette ville bâtie sur le rocher. La pression sur l’habitat est telle qu’ils construisent n’importe où sans soucis des normes.

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Quand on arrive à Matadi, par le pont Maréchal Mobutu jeté sur le fleuve Congo à l’entrée Ouest de la ville ou par le pont Mpozo à l’Est, l’on est frappé par le nombre de bâtisses qui sortent de terre.

Matadi_CongoLa plupart sont construites en briques adobe sur des escarpements dangereux. Sur le mont Kinzau (ex Pic-Ambien), le lieu le plus élevé de Matadi, classé au patrimoine mondial, un bidonville a même vu le jour.

Au pied de ce pic touristique, des maisons en terre battue s’étalent à perte de vue sur ce terrain argileux et rocailleux, au grand désarroi des visiteurs qui s’indignent de voir des habitations envahir ce site.

La plupart des ces nouvelles habitations sont construites au mépris des normes d’urbanisme, sur des espaces officiellement reconnus “verts ou protégés”. Le plan cadastral, vieux de l’époque coloniale, renseigne que tous ces espaces désormais spoliés étaient réservés “aux projets publics et communautaires de développement en faveur de la ville de Matadi”. C’est également le cas des espaces dits vitaux réservés, selon le même plan, aux projets agricoles mais qui, suite à la pression sur l’habitat, sont squattés.

Les terrains disponibles sont rares

Matadi (rocher, en français Ndlr), chef-lieu de la province du Bas-Congo, est bâtie sur de la roche et sur un terrain escarpé. Lors des fortes pluies, de glissements de terrain emportent souvent des habitations. En l’absence de nouveaux espaces à lotir, les Matadiens n’ont guère d’autres choix que de construire et habiter n’importe où.

Certains n’hésitent pas à bâtir des logis à quelques mètres seulement des tanks des produits pétroliers à Ango-Ango, tandis que d’autres occupent le cimetière de Kinkanda non encore désaffecté… “Je résidais au Camp Etat proche de la maison communale de Mvuzi dans une bâtisse emportée par une coulée de boue. Pour sauver la vie de ma famille, nous avons été obligés de construire rapidement dans un coin du cimetière”, confie Faustin Tutu, un fonctionnaire.

Médecin en charge du secteur de l’eau et assainissement à l’hôpital général de référence de Kinkanda, Dr Louis Tsasa Thubi Mabiala prévient, lui, que “tous ceux qui habitent le cimetière et ses environs sont exposés à toutes sortes d’infections bactériennes nuisibles à la santé”.

Port_Matadi_CongoTrouver un terrain vierge à Matadi relève du parcours du combattant. “C’est vraiment un calvaire”, reconnait Olga Kimpuni, une veuve qui cherche en vain depuis 8 mois un terrain à construire. J’ai chargé des commissionnaires qui n’ont rien trouvé jusque là”. Selon un responsable du service de cadastre, tous les espaces constructibles à Matadi seraient saturés.

Créer de nouveaux lotissements

En l’absence de nouveaux lotissements, les Matadiens les plus aisés rachètent de vieilles maisons. Ils les rasent puis reconstruisent en hauteur. “Ce type de maisons en vogue dans la ville a l’avantage de caser plusieurs familles en occupant peu d’espace”, fait observer Edmond Tembo, topographe.

C’est aussi une réponse à la forte pression démographique que connaît la ville de Matadi ces dernières années. Le chef-lieu du Bas-Congo compterait aujourd’hui, selon le maire Jean-Marc Nzeyidio environ 500 mille habitants. Pour résoudre la crise du logement, le service d’habitat suggère de “créer de nouveaux lotissements sur la rive droite du fleuve Congo pour faire de Matadi une ville à deux rives comme Kisangani et Kindu”.

Par Dieudonné Muaka Dimbi

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