Hamidou Savagogo, conteur des temps modernes

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Inspiré par sa « grande mairesse » Talato qui signifie mardi en moore (prononcer moré), sa langue maternelle, Hamidou Savadogo, conteur roule sa bosse depuis quelques années à Québec et à Montréal. Dès le 21 juillet, il sera au Festival Juste pour Rire, dans la zone Famille.

D’où te vient ce goût de raconter des histoires?

Tout petit, j’ai rencontré pour la première fois ma famille à l’âge de six ans. Quand je parle de famille, c’est bien entendu la grande famille dont le foyer constitué de mon père de ma mère et de nous, leurs enfants, fait partie. Ce jour même, les membres de la famille étaient assis en cercle, moi sur les jambes de ma grand-mère qui nous a raconté des histoires. Je ne comprenais rien, car je ne parlais pas ma langue maternelle.

Pour la famille c’était une habitude, un rituel, mais pour moi c’était nouveau. Je me rappelle que les gens autour de moi riaient de temps en temps en me regardant ou me faisaient signe de taper des mains en chantant avec grand-mère.

Elle ne racontait plus une seule histoire sans ma présence. J’étais devenu son petit fils chouchou. Une complicité s’est installée entre nous, et elle a été une école formidable pour moi.

Non seulement pour l’apprentissage de la langue, mais aussi pour les contes, les légendes et bien d’autres choses. Elle fut la source intarissable, ayant nourri l’enfant que j’étais, et l’adulte que je suis aujourd’hui puise encore dans cette réserve là.

Pourquoi est-ce que les contes et légendes fascinent tant, notamment ici au Québec

Le Québec, à l’instar des autres parties du monde, est un coin de tradition orale. De toute façon, il ne saurait en être autrement vu l’histoire même du Québec, une belle histoire à raconter partout.

Pour que cela se connaisse aujourd’hui il a fallu que des gens se la racontent au jour le jour et au fil du temps. Alors des histoires du tout pays ou de villes, de quartiers, de foyers ou d’amitiés se sont racontées.

Depuis un certain moment, on se voit embarqué dans de nouvelles et attrayantes dimensions culturelles pas forcément instructives. Et voilà que le conte et bien d’autres « pratiques » peinent à rester en vie.

Quand on finit par se rendre compte que le conte est en « agonie » ou se fait oublier, on sonne la cloche. La cloche se fait entendre.

Ceux qui ont connu des moments joyeux autour du conte accourent, ceux qui ne l’ont pas connu, mais qui sont curieux parce qu’ils ont lu quelque chose quelque part sont intéressés à entendre ne serait-ce qu’une fois une histoire racontée par un conteur ou un raconteur, au moins pour y goûter.

Les gens par ici ont besoin d’apprendre le monde, de le connaître. Le conte satisfait souvent à cette demande et permet au moins d’avoir un début de réponse à nos questions personnelles ou à celles ouvertes vers le monde.

Que proposeras-tu pour les festivaliers

Nous nous raconterons des histoires souvent interactives. Nous chanterons parfois ensemble, nous danserons peut-être même si ce n’est pas le lieu indiqué pour la danse… lol! Nous nous poserons des questions qui susciteront d’autres questions.

Et puisqu’une question a besoin d’une réponse, on se rendra compte que la réponse est souvent avec nous, ou autour de nous, et qu’une fois qu’on la trouvé, on se retrouve devant une nouvelle question… ainsi il y a jamais de blocage, plus on (se) découvre plus on envie de savoir. On apprend à ne pas avoir peur de l’inconnue.

Des projets?

Pour mes projets personnels, j’ai tendance à dire que je préfère en parler quand je suis assis là-dessus et que la machine est déjà enclenchée. Chez nous on dit : « Avant de crier que tu l’as, rassure-toi que la tête du lièvre est bel et bien dans ta besace ».

Dans ma besace il y a deux créations de spectacles :

– « Le fascinant voyage de Mamadou », un spectacle pour enfant. La première aura lieu le 31 octobre et sera à l’affiche pendant un mois et demi. Écriture et mise en scène de Raymond Pollender.

– « Passing-Pinda, l’enfant qui n’aimait pas l’école », Texte et mise en scène par moi-même.

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