A Kananga, violences et soupçons de tricheries

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Bureaux de vote brûlés, couvents et paroisses pillés, les élections du 28 novembre ont été très tendues à Kananga, chef-lieu du Kasaï-Occidental en RD Congo, fief de l’opposant Tshisekedi. Tentatives de tricheries et rumeurs ont alimenté ces violences.

(Syfia International)

« Aux élections de cette année 2011, nous sommes tous témoins, personne ne peut encore nous manipuler. Nous ne voterons pas des tricots ni du sel, nous voterons utile. Ce sont les résultats des urnes qui trancheront cette foi-ci », clamait le 28 novembre jour des élections un électeur de Kananga, chef-lieu du Kasaï occidental, au centre de la RD Congo, fief d’Étienne Tshisekedi, le principal challenger de Kabila aux élections présidentielles.

Rumeurs de tricheries

Tout était fait dans les bureaux de vote pour permettre aux témoins comme aux jeunes attentifs de surveiller le scrutin. Mais une à deux heures après le début des opérations de vote, les électeurs étaient en ébullition à la suite de rumeurs de tricheries. Lumbala, un enseignant, témoin au bureau no 11075, confirme : « J’ai bouté dehors, un député venu s’introduire de force pour occasionner la tricherie ».

Il poursuit en disant que, dans le village voisin à Kabandu, à 40 km de Kananga, le candidat député K.K. est allé causer avec le président du centre à huis clos, demandant aux autres de sortir ce que les votants et les témoins des partis politiques ont refusé.

« J’ai admiré le courage et le sens de responsabilité de ces acteurs, témoigne Lusamba Félie, observatrice nationale. Il faut noter que la population, dans plusieurs endroits est restée debout jusqu’aux heures tardives de la nuit pour attendre les résultats des urnes après le dépouillement. »

La délocalisation des certains bureaux de vote, la suppression des autres, les tentatives de fraude ont perturbé les citoyens venus voter paisiblement. C’est le cas, à Kambundi. « Nous avons sur la liste seulement 6 noms sur plus de 2000 », informe le président.

En colère de nombreux électeurs sont partis sans voter. Par ailleurs à Bilomba dans le territoire de Kazumba, 12 bureaux de vote ont été incendiés à cause de bagarres entre candidats d’un même village. Certains candidats y ont perdu des voix alors qu’ils étaient bien positionnés. Tout au long de la journée, la situation a dégénéré dans près de 60 bureaux de la province où des gens ont mis le feu ou brûlé des bulletins.

L’Église catholique prise pour cible

À cause des rumeurs qui ont couru, plusieurs couvents de sœurs et des paroisses ont été pillés. Des voyous ont même troublé le grand silence des moniales. Pendant que les sœurs étaient dans une cachette, les pilleurs ont profané le monastère.

Les sœurs de la charité de Buena-Muntu et les diocésaines de Katoka n’ont pas échappé aux rumeurs de la foule irréfléchie. Interrogée une sœur raconte tristement : « Nous ne savons pas pourquoi nous sommes menacées. Il parait que nous avons caché des candidats qui détiendraient des bulletins de vote en faveur de la majorité… incroyable !.

Mgr Marcel Madila, archevêque de Kananga, lors de son point de presse au lendemain de ces événements malheureux, a invité les journalistes à les vérifier avant de les diffuser. « Je condamne énergiquement tous les actes de vandalisme commis dans le but de nuire à l’Église catholique de Kananga. Nul n’ignore le message des évêques qui interdisait aux consacrés toute ingérence dans le processus des élections. D’où viennent ces menaces, alors que nous militons pour la paix et la justice ? », a-t-il dit.

Les responsables de la province et de l’Église catholique de Kananga ont cependant désapprouvé les tentatives et les cas de tricheries. La justice promet de frapper leurs responsables.

Par Sr Julienne Elameji

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