Une loi pour protéger les rivières

Un Code de l’eau a été récemment voté à l’Assemblée nationale burundaise pour protéger lacs et rivières. Leur exploitation illégale et les constructions dans les zones « tampon » entraînent, en effet, d’importants dégâts humains et matériels, en particulier, dans la plaine de Bujumbura.

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Il y a trois semaines, la chambre basse du Parlement burundais a voté à l’unanimité la loi qui vise à protéger les rivières ainsi que le domaine public hydrique en général, mais aussi les eaux de pluie. Une des nouveautés de ce Code est notamment qu’il précise les zones inconstructibles – zones « tampon » – qui s’étendent sur 25 m de chaque côté des rivières.

Cette loi est vitale pour protéger les berges des rivières, les terres et les habitants de la plaine. Au ministère de l’Environnement, on assure qu’après ratification de ce Code – pour le moment à l’étude au Sénat – des textes d’application seront élaborés.

Ces derniers préciseront la nature des activités interdites près des cours d’eau et des lacs. Il prévoit également des sanctions : des amendes allant jusqu’à 6 millions de Fbu (4600 $) et plus, ainsi que des emprisonnements de plusieurs mois, voire de plusieurs années.

Outre l’interdiction de l’extraction de matériaux de construction dans les rivières, déjà en vigueur, Jean-Marie Nibirantije, le ministre de l’Eau, aménagement du territoire, environnement et urbanisme, promet que d’autres mesures vont être prises, pour suspendre définitivement ces activités illégales. Les sanctions seront appliquées, prévient-on.

De gros dégâts

Jusque là, les lois dataient de plusieurs années, ou alors manquaient de textes d’application. Ainsi, les interdictions annoncées régulièrement par ce ministère ne décourageaient pas ceux qui extraient illégalement des rivières les matériaux de construction, qui construisent des maisons ou octroient des parcelles le long des cours d’eau. Résultat : le lit des rivières continue à s’élargir et les berges s’affaissent. Pour échapper à la vigilance des autorités et de la police de l’environnement, l’extraction se fait durant la nuit. En outre, le fort déboisement des collines a érodé le sol rapidement emporté par les eaux de pluie que rien ne retient plus.

L’Action ceinture verte pour l’environnement (ACVE) pointe la corruption, par le passé, de certaines autorités de l’urbanisme dans l’octroi des parcelles sur ces zones interdites.

L’ambassadeur Albert Mbonerane, président de cette association, déplore également l’absence de normes pour la régulation, et d’un plan d’aménagement du territoire et d’urbanisme, pour dire ce qui doit être construit ou non et comment, à tel ou tel endroit : « On construit comme on veut, même dans les zones inconstructibles. »

Lors des fortes pluies, on assiste alors à de désolants spectacles : les ponts menacent de s’effondrer ; en période de grandes crues, le terrain proche de l’aéroport international de Bujumbura est inondé.

Les chantiers de maisons sont abandonnés, la rivière ayant englouti les terrains sur lesquels elles reposaient ; d’autres déjà construites voient une partie de leur clôture engloutie et le reste de la maison manque parfois de s’écrouler. Des hôpitaux sont eux aussi menacés ; sur la colline Vugizo, c’est un lycée longeant un ravin proche de la Ntahangwa, dangereusement fissuré, qui a déménagé dans un autre bâtiment plus solide.

Le lit des rivières fragilisé

Selon Nsabimana Stanislas, professeur de géographie physique à l’Université du Burundi, la plaine de l’Imbo, où est bâtie la capitale burundaise, se trouve au pied de fortes pentes. Le terrain est meuble et constitué de particules peu solides. En outre, cette zone connaît des précipitations très importantes pendant au moins sept mois par an. « Les eaux qui tombent sur les bassins versants de ces cours s’écoulent très rapidement », indique-t-il, gonflant vite en dévalant des hauteurs.

Lorsque ces eaux furieuses arrivent au pied des collines, « toute cette énergie atteint alors la plaine de l’Imbo, et surtout dans la ville de Bujumbura. Elle démolit alors systématiquement les berges des cours d’eau et sur-creuse les lits de ces rivières », ajoute-t-il. Reboiser et aménager les collines autour de la capitale, pour freiner et retenir une grande partie de l’eau de ruissellement afin qu’elle n’atteigne pas la plaine est pour lui la solution à adopter.

Pour protéger les rivières en amont, des organisations de protection de l’environnement, dont l’ACVE ont entrepris de reboiser les berges de la Ntahangwa, à l’est de la ville. Mais là aussi, ils se sont heurtés au problème des gens qui se sont attribués des parcelles sur une partie de la zone « tampon ». Avec le nouveau Code de l’eau, le principe du droit acquis sera respecté, pour les personnes ayant obtenu légalement des parcelles.

Selon M. Ndorimana Emmanuel, directeur général de l’Eau et Assainissement, en cas d’expropriation, elles seront indemnisées. Il ajoute que des études d’impact environnemental seront désormais exigées pour toute activité en rapport avec l‘eau, même au-delà de la zone « tampon », telles les adductions d’eau, la construction d’hôtels dans les environs des rivières et lacs etc., pour voir si les normes environnementales sont respectées. Des permis leur seront alors octroyés.

Par Gaudence Kubwimana

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