Burundi : les agriculteurs payent déjà le prix des changements climatiques

Les agriculteurs burundais ressentent déjà fortement les effets des changements climatiques mondiaux : les saisons culturales sont bouleversées, des plantes disparaissent de certaines régions, les rendements baissent. Pour atténuer les effets des inéluctables des évolutions des températures et des pluies et préserver la production agricole, des mesures urgentes s’imposent.

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« Regarde cet espace qui actuellement apparaît comme une terre acide, c’était un endroit où l’on produisait des haricots, du blé et de la pomme de terre. Actuellement personne ne peur croire que c‘était une terre arable », s’exclame Louis Ngomirakiza, 69 ans, de la commune Mugamba au sud de pays. « Ici aux alentours, il y avait des plantes et des arbres sauvages qui donnaient des fleurs de plusieurs couleurs, mais voilà comment il n’y a pas même d’herbe. On n’y produit rien », regrette-t-il.

Ces dernières années dans plusieurs régions du Burundi, la production agricole baisse sensiblement. Les habitants ont l’habitude de pratiquer défrichent en les brûlant de nouvelles terres qui ne produisent que quelques années, témoigne Cassien Ndayisaba, 59 ans, ancien moniteur agricole communal de Mugamba.

Ces techniques agricoles associées à la pression démographique sont à l’origine de la déforestation de la région qui accentue les changements climatiques constatées ici comme dans de nombreuses régions du monde.

« Actuellement les températures ont catégoriquement changé, constate Gilbert Ntorogo, 67 ans, chef de colline Nyamabuye. La banane inexistante, il y a une trentaine d’années est désormais produite ici par contre le petit pois a totalement disparu de notre région. »

Baisse de la production

Dans le temps, la récolte de la saison suivante arrivait alors que la précédente remplissait encore les greniers, ce qui n’est plus le cas actuellement où il est difficile de produire ne fut ce que la quantité semée, raconte Sofie Ntahiraja, 72 ans, qui se souvient de la situation antérieure.

« Je produisais deux greniers de céréales, car il pleuvait selon un calendrier habituel. Au bout de trois à quatre mois c’était la récolte, se rappelle aussi Isabelle Nkuriyingoma, 69 ans. Mais actuellement, la pluie n’est plus régulière, on a une saison sèche qui est devenue assez longue. C’est d’autant plus difficile qu’on ne plante plus certaines cultures comme les légumes, si ce n’est que dans les marais. »

Chaque année, entre juin et août des familles entières, surtout du Nord-Est du pays, fuient vers les pays voisins pour trouver de quoi se nourrir car ils n’ont pas récolté ou pas assez. « Ceci montre qu’il n’y a aucune étude qui aurait été pensé pour juguler durablement ce mouvement. Pourtant c’est un signe fort que nous sommes plus que menacés », affirme Aloys Bigirimana, moniteur agricole à Kirundo.

Atténuer les effets des changements climatiques

Ces constatations de terrain recoupent les avis des experts. « La croissance incontrôlée des émissions de gaz à effet de serre est en train de réchauffer la planète, avec pour conséquences la fonte des glaciers, l’augmentation des précipitations, la multiplication de phénomènes météorologiques extrêmes, et le décalage des saisons », indique Gérard Ntirampeba, expert de la Banque Mondiale. Etant extrêmement sensible aux changements climatiques, « l’agriculture a été fragilisée par des températures plus élevées qui ont diminué les rendements des cultures utiles tout en entrainant une prolifération des mauvaises herbes et des parasites », souligne Martin Sibose, ingénieur agronome, consultant indépendant.

Au Burundi, le scénario à venir est connu. Selon les documents de la Convention cadre des Nations Unies sur le changement climatique, il est prévu une hausse de la température moyenne de 0,4 °C tous les 10 ans avec un réchauffement particulièrement marqué pendant la grande saison sèche. La pluviométrie elle va globalement augmenter de 3 à 10% : elle diminuera de 4 à 15% d’ici 2050 durant les mois de mai à octobre et augmentera de 25% de novembre à mars. De très fortes pluies concentrées sur une période plus courte.

Selon les études menées sur trois cultures vivrières vitales pour le pays – le haricot, le maïs et la patate douce- les rendements vont ainsi diminuer dans toutes les régions du pays. Pour ces cultures comme pour d’autres, cette baisse va s’amplifier dans les prochaines décennies.

Alors que la production agricole est déjà très loin de couvrir les besoins du pays et que les agriculteurs s’enfoncent dans la pauvreté, il est très urgent, selon les spécialistes, de prendre des mesures permettant d’atténuer les effets de ces changements inéluctables. Il s’agit, entre autres d’utiliser ou de mettre au point de nouvelles variétés qui s’adaptent à ces évolutions : plus résistantes à la chaleur, nécessitant moins d’eau, récoltées plus rapidement… Il est aussi préconisé de développer la micro-irrigation pour pallier les périodes de sécheresse plus longues. Mais il s’avère aussi indispensable de vulgariser des techniques agricoles nouvelles. C’est ainsi qu’il faut, par exemple, éviter d’assécher les marais, de déboiser à outrance, construire des terrasses pour limiter l’érosion.

Par Gabby Bugag

Photo : Flickr

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