Vendre ou acheter à crédit en RD Congo: une très mauvaise affaire

Ces dernières années, les habitants de Bandundu, à 400 km à l’est de Kinshasa, ont pris l’habitude de vendre ou d’acheter presque tout à crédit. Certains s’endettent au-delà de leurs revenus et ne peuvent pas rembourser les commerçants qui se ruinent à leur tour.

(Syfia Grands Lacs / RD Congo)

Ce vendredi, c’est le jour de la paie au bureau de l’administration de la ville de Bandundu, à 400 km à l’est de Kinshasa. L’ambiance est animée. Les hommes et femmes rassemblés devant ce bâtiment de type colonial, dont on entend les éclats des voix à plus de 100 m, ne sont cependant pas tous des agents ou fonctionnaires de l’Etat venus percevoir leurs salaires. Parmi eux des vendeuses et commerçants de la place qui tentent de recouvrer les crédits accordés pour acheter pantalons, ceintures, chemises, sous-vêtements, vestes, chaussures et autres biens.

« Mon argent a trop duré et cette fois-ci je n’accepte plus un seul prétexte pour retarder le paiement », hurle en colère K. Jeanne. Non loin de là, un autre commerçant crie aussi son ras-le-bol : « Je suis venu réclamer mon argent et rien d’autre. J’ai patienté quatre mois durant, c’est trop. Autrement je vois votre chef pour un retrait à la source… », menace-t-il. Agent à la division provinciale de l’Education, Martin Matondo décrit ces scènes comme « l’ambiance habituelle dans cette ville administrative de 200 000 habitants quand la paie est annoncée. »

Cercle vicieux

Depuis trois ans, la situation ne fait qu’empirer. Ces ventes à crédit sont devenues un cauchemar pour tous : pour le vendeur impayé qui n’a pas les moyens de renouveler son stock, pour l’acheteur qui s’est endetté au-delà de ses moyens et paye plus cher les biens. « Comment voulez-vous que je paye une dette de 30 000 FC (33$) pour un pantalon et une ceinture alors que mon salaire ne dépasse même pas 45 000 FC (50$) », se plaint A. Mboma, la mine défaite. « Le crédit pour des marchandises pas cher n’avance ni le créancier, ni le débiteur. On s’enferme dans un circuit dont il est difficile de sortir », explique Dieudonné Mutimpa, comptable à la Société des brasseries de Bandundu, Sobraband.

Boucherie RDCONGO

Le peu d’argent remboursé au vendeur en plusieurs tranches, dans le délai ou non, est vite englouti dans des dépenses quotidiennes en transport, restauration, soins médicaux et autres. « Personne n’arrive à reconstituer les fonds de départ, quel que soit le prix exigé, si l’on vend sans demander l’argent tout de suite », fait observer le comptable.

« Pour moi la dette se paye petit à petit. L’essentiel est d’avancer quelque chose, c’est signe de bonne foi. Je ne puis opérer des miracles pour trouver des sous… », se défend un autre débiteur acculé. La commerçante qui se rend compte sur le tard que vendre à crédit la ruine aussi, se plaint : « Je ne vis que de ça. Le non paiement de cet argent est un mauvais service que vous me rendez puisque je ne sais pas renouveler mon stock. Vous ne m’aidez pas en agissant ainsi. ».

Ces crédits pour de petits achats entraînent tout le monde dans des spirales ruineuses et ne se justifient pas toujours. Les vendeurs pensent avoir plus de chances de vendre s’ils le font à crédit, les acheteurs estiment avoir ainsi accès à des biens hors de leur portée. Personne ne pense à l’avenir et tout le monde y perd. Clément Thayeye, cinquante ans révolus, désapprouve : « Le fait de vivre des dettes discrédite les gens et souvent, si l’on n’y prend garde, dans la plupart des cas ça se dénoue mal. On se fait une triste renommée… ».

Selon le vieux comptable, il vaudrait mieux que chaque marchand ait une boutique avec une adresse physique connue. Ceci aiderait les uns et les autres à procéder à des tractations raisonnables, sans exagération des prix. Le crédit serait réservé à des objets très couteux tels les voitures, les maisons, les fermes ou entreprises, qui exigent aussi d’épargner à l’avance.

Par Désiré Tankuy

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