Nord du Burundi : les eaux de pluie, un précieux liquide à conserver

La collecte des eaux de pluie lancée depuis deux ans dans le nord du Burundi facilite la vie des habitants confrontés à une pénurie d’eau croissante. Le reboisement et la construction d’impluvium sont les moyens mis en œuvre par le programme Eau potable pour tous.

« Nous avons l’eau qui nous convient pour satisfaire tous nos besoins sans faire des kilomètres de marche », s’exclame, soulagée, Rosalie Nyambere, 27 ans, mère de cinq enfants, de la commune Bugabira (province Kirundo) au nord-est du Burundi, bénéficiaire du programme Eau potable pour tous. Celui-ci met en place des systèmes pour recueillir l’eau pour les besoins domestiques comme pour l’agriculture. La faible pluviométrie (800 mm/an) et la sécheresse qui s’étend sur plusieurs mois caractérisent cette région.

Photo : DW Akademie - Africa, Flickr

« Il n’y a donc pas de cours, ni de points d’eau potable, la population parcourait plus de 15 km à la recherche d’un point d’eau », indique Marcien Nzoya, agent de développement communal. « Depuis que nous sommes très jeunes, l’eau nous a toujours coûté cher, en temps et en énergie », complète Marthe Kankindi, 56 ans.

Le programme a été monté par les natifs de cette province qui travaillent dans d’autres régions, avec l’appui de l’État, sur les fonds de la coopération allemande. Ils ont décroché 45 000 euros pour mettre au point des systèmes de collectes des eaux de pluie pendant la saison pluviale pour s’en servir pendant la saison sèche.

Selon le chef de mission de Welthungerhilfe, partenaire du programme, « collecter les eaux ne veut pas dire seulement capter l’eau de pluie, mais également encourager une plus grande infiltration de l’eau et donc la conserver dans le sol en empêchant le ruissellement et l’érosion. C’est pourquoi le projet envisage le reboisement des espaces dénudés. » Peu à peu, les habitants apprennent ainsi à entretenir et protéger les boisements, indique Kirima du service météo.

Des impluvium bien utiles

On construit aussi des impluvium dont la forme est celle d’une citerne en plastique surmontée d’un tuyau qui y canalisent l’eau venue du toit des maisons tandis qu’en bas un robinet permet de tirer l’eau qu’on veut utiliser, explique Marimbu Alphonse formé à les construire. Pour lui, c’est le moyen le plus adapté, car il permet d’éviter de transporter l’eau depuis une source éloignée et sa qualité est généralement supérieure à celles de certains ruisseaux ou marigots. Faciles à installer, surtout que la population apporte pierres et sable pour les mettre en place, les impluvium domestiques coûtent 150 000 Fbu (110 $) et stockent de 500 à 1000 l selon les initiateurs, alors que ceux adaptés pour des collectivités, villages ou écoles, peuvent contenir 1 000 à 10 000 l.

Selon Marthe Muhimbare, une habitante de la région, ces impluviums garantissent l’indépendance de l’approvisionnement en eau, puisque les ménages qui les utilisent ne sont pas tributaires des ressources de la communauté ou des aménagements collectifs, que ce soit pour arroser les cultures ou pour leur usage quotidien. Pour cette femme de 60 ans, disposer de ces eaux de pluie permet de récupérer du temps, de l’argent et surtout de l’énergie.

« Ceux dont les maisons sont couvertes par des tôles sont en bonne position pour récupérer beaucoup d’eau. Ceux dont les toitures sont en paille réclament les tôles ! », constate Béatrice Inankuyo, 70 ans, qui ajoute que le nombre de ceux qui profitent de ce programme devrait être revu à la hausse. Certains préjugés entravent cependant son développement : certains croient que la consommation de l’eau de pluie conduit à la stérilité, d’autres que les jeunes filles qui en boivent ne peuvent pas avoir de maris. Pour la consommation en boisson, la direction provinciale de la santé propose des comprimés pour assainir cette eau qui reste longtemps dans les citernes.

Depuis l’an 2000, des familles ont déserté la région à cause de la sécheresse et des difficultés d’approvisionnement en eau, préférant aller dans les régions où la vie est plus facile. Actuellement, grâce à ce programme, des gens commencent à revenir progressivement.

Par Gabby Bugaga

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