Burundi : premiers pas vers la certification des minerais « libres de conflits »

Le Burundi a délivré près de 90 permis d’exploitation de minerais qui respectent les règles édictées par le mécanisme de suivi et de certification de la CIRGL pour mettre fin à leur exploitation illégale, souvent par les groupes armés. Les creuseurs bien payés, protégés et soignés en sont les premiers satisfaits.

Plus de 90 demandes de permis d’exploitation miniers ont été enregistrées, en 2011, à la Direction des mines et carrières du Burundi. Une première étape vers la certification régionale des minerais « libres de conflits », telle que décidée par les dix États membres de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), le 15 décembre 2010. Son objectif : lutter contre l’exploitation illégale des ressources du sous-sol, qui contribue à entretenir les conflits dans la région.

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Les provinces du nord et du nord-est du pays, frontalières avec le Rwanda et la RD Congo (Muyinga, Kirundo, Ngozi, Kayanza et Cibitoke), regorgent d’or, coltan (colombo tantalite), wolframite, nickel, terres rares et vanadium.

Ces minerais sont depuis longtemps exploités illégalement, souvent par des complices des pouvoirs en place ou des groupes armés (du moins pendant la dernière décennie de guerre civile au Burundi). Aujourd’hui, le Burundi commence à en règlementer l’exploitation artisanale pour qu’ils profitent à l’État et aux populations locales.

En province de Cibitoke, à l’extrême nord-est du pays, 150 personnes sont ainsi employées sur le site d’exploitation de l’or à Butare, en commune Mabayi. Ces exploitants sont réunis au sein de l’association Korerahamwe (Travaillons ensemble).

Non loin dans la vallée de la rivière Kivuruga, des jeunes et des adultes qui extraient également l’or ont créé l’association Tanginguvu (Donnez la force). D’autres organisations sont en attente d’agrément, selon l’administrateur communal de la commune.

Moins de risque, plus de soins

Pour les creuseurs artisanaux qui devaient prendre de grands risques pour exploiter ces gisements et ne profitaient que très peu du fruit de leur travail, ces associations apportent des progrès appréciables. Ainsi, le site artisanal de Butare dispose d’une toiture qui protège la surface à exploiter ; des troncs d’arbres soutiennent les escaliers jusqu’à une dizaine de mètres de profondeur ; un groupe électrogène éclaire les mineurs dans le sous-sol et une machine leur fournit de l’oxygène.

De quoi rassurer les exploitants. En outre, chaque fois qu’ils tombent malades, ils sont soignés par l’association. Selon Gervais Nduwimana, président et représentant légal de Tanginguvu, la famille d’un ouvrier handicapé ou mort à cause de l’extraction des minerais est assistée jusqu’à la dissolution de l’association.

Le coordinateur national de la CIRGL, Gaspard Kabura, reconnaît que ces associations respectent les règles édictées, en particulier les droits humains. C’est ainsi qu’elles n’emploient pas les enfants. « Les femmes non plus n’ont pas leur place sur le site au risque de s’exposer à des violences sexuelles. Un des chefs nous a dit qu’il paie aussi l’assurance des exploitants. C’est un bon début pour ces travailleurs qui descendent souvent jusqu’à 30 mètres de profondeur », se réjouit-il.

« Avec un salaire journalier de 2 000 Fbu (1,20 $), je gagne le double de celui qui travaille ailleurs que dans les minerais », se réjouit un ouvrier journalier du site de Butare en commune Mabayi. Ceux qui acceptent d’attendre se partagent en fin d’année l’argent issu de la vente de l’or. Ils affirment qu’ils n’ont jamais été déçus, car chacun peut facilement encaisser plus d’un million de Fbu (850 $).

« Après la vente de notre or, la moitié de la somme totale est partagée entre les ouvriers, une autre moitié est gardée par l’association pour l’achat du matériel », explique André Giturashamba, président d’une association. Celle-ci verse également 7 000 Fbu (5 $) par an et par ouvrier au trésor communal ainsi que 500 000 Fbu (environ 350 $) à l’Office burundais des recettes pour contribuer à réhabiliter les sites après la fin de l’exploitation. Un permis annuel d’exploitation est délivré moyennant 5 000 $.

D’autres étapes à franchir

Ces efforts dans la règlementation de l’exploitation minière sont notables, mais pour pouvoir vendre ces minerais et obtenir la certification régionale, le Burundi doit aller plus loin. Il est nécessaire de pouvoir suivre le minerai de l’exploitation à l’exportation, en veillant à ce que toutes les opérations soient conformes. Pour assurer cette traçabilité, une inspection doit tout d’abord certifier la conformité du site aux règles et il faut suivre toute la « chaîne de possession », afin de savoir dans quelles mains est passé le minerai.

Le Burundi a jusqu’à décembre 2012 pour se mettre en règle et obtenir ce certificat recherché par les entreprises occidentales. Il prouve, en effet, que ce minerai n’a pas été exploité sous la contrainte, des hommes en armes en particulier, n’a servi à enrichir ni des combattants, ni des gouvernants ou autres groupes de pression.

Mais, prévient le directeur des Mines carrières, « il y a risque qu’à partir de 2013, le Burundi ne puisse plus vendre ses minerais » car le personnel pour mener à bien ces contrôles est insuffisant. D’autant qu’il faut continuer à combattre les exploitants illégaux qui opèrent la nuit pour le compte de responsables administratifs ou de membres des forces de sécurité. Jusqu’à présent près de 50 000 personnes travailleraient légalement ou clandestinement dans les mines au Burundi.

Par Stany Ngendakumana

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