Aya de Yopougon de Marguerite Abouet et Clément Oubrerie

Adapté des bandes dessinées scénarisées (Gallimard) par Marguerite Abouet, le film d’animation Aya de Yopougon, co-réalisé avec Clément Oubrerie, a été projeté le vendredi 25 avril 2014, lors de la soirée d’ouverture de la 30e édition du Festival Vues d’Afrique au Cinéma Impérial à Montréal.

Ayadeyopougon-lefilm Ceux et celles qui ont connu les bandes dessinées du même nom reconnaîtront sans doute, à travers ce film,  quelques bribes des différents volumes des aventures d’Aya de Yopougon.

À 19 ans, Aya,  «villageoise» de Yopougon, un quartier populaire d’Abidjan (la capitale économique ivoirienne) nous fait découvrir la vie quotidienne de cette petite ville dans les années soixante-dix.

Rebaptisé «Yop City», pour calquer les séries américaines, Yopougon est un quartier animé où chacun des personnages est à la fois charismatique et unique.

Alors qu’Aya, mise en valeur par la voix d’Aissa Maïga, est une étudiante studieuse qui rêve de devenir médecin, ses deux amies, Adjoua et Bintou imaginent différents stratagèmes pour «être sauvées», c’est-à-dire trouver le bon parti et se marier.

D’ailleurs, son père, Ignace, cherche à marier Aya. Pour lui, être médecin équivaut aux longues études chères et inutiles alors qu’un homme (de préférence riche) assurerait tout, même sa propre retraite.

Aya_film2Adjoua et Bintou s’offrent donc à des hommes en risquant de se faire «enceinter» (tomber enceinte) par un «génito» (séducteur),  et toute l’intrigue se base sur les mensonges, les commérages et coups bas qui sont omniprésents.

Voilà donc la mentalité dépeinte par le film. Une manière de pensée héritée d’un vécu culturel, voire parfois des restes de la colonisation: il faut travailler dur pour réussir «comme les blancs» (la réussite à l’occidentale), l’homme idéal est celui qui fera en sorte de «classer» une femme dans ce qu’Aya appelle d’un air un peu moqueur, « la série C » (couture, cuisine, coiffure).

Bercées par les soirées au maquis (soirées dansantes), elles feront alors différentes rencontres de prétendants plus ou moins sérieux, du fils d’un grand PDG au séducteur d’un autre village qui s’invente une vie «à la parisienne» pour séduire.

Ce dernier obtient d’ailleurs les faveurs de son patron ainsi qu’une promotion loin de Yop City, lui permettant de jongler entre plusieurs « bureaux » (femmes) et d’avoir ainsi une double famille.

Le film d’animation a cette particularité de s’inspirer de souvenirs et mœurs qui parleront à une génération ayant grandi, certes en Côte d’Ivoire, mais aussi, plus généralement, dans plusieurs pays africains et caribéens.

Le spectateur pourra donc rire ou songer à ses souvenirs personnels inspirés des discussions entre les copines, des relations entre les parents ou même du tissu social et culturel dépeint tout au long du film.

Un des plaisirs éprouvés sera de voir ou revoir les publicités de l’époque, d’entendre les tubes musicaux des années 60-70 ainsi que les expressions et tics de langage qui sont d’ailleurs encore utilisés de nos jours. Aya de Yopougon est donc sans réserve un film drôle, tendre, mais loin d’être idéalisé.

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