Nuits d’Afrique: Kareyce Fotso, une citoyenne du monde qui défend sa langue

Kareyce-Fotso-Facebook-04Installée en Europe depuis quelques années, la chanteuse camerounaise Kareyce Fotso revient à Montréal présenter son répertoire musical, dans le cadre du Festival international Nuits d’Afrique.

Celle qui s’est construite une solide réputation un peu partout dans le monde revenait justement de son pays quand elle a répondu avec la plus grande aisance, par Skype, aux questions de Touki Montréal.

De son séjour au Cameroun, Kareyce Fotso garde de très bons souvenirs. «C’était super», a-t-elle souligné. C’était la première fois qu’elle y faisait véritable tournée. Elle s’est dite touchée par les marques d’affection et la générosité du public camerounais.

Kareyce-Fotso-sitewebOriginaire de Bandjoun, dans l’ouest du pays, par ses deux parents, Kareyce a grandi chez les Béti, dans le quartier Mvog-Ada, de la capitale Yaoundé. C’est là qu’elle découvre et côtoie le multiculturalisme.

Il y avait les gens de toutes les ethnies, de toutes les religions et aussi des étrangers, dit-elle. «On ne s’identifiait plus par rapport aux tribus», s’est-t-elle souvenue.

Ce goût pour l’autre s’entend forcément dans son deuxième album, Mokté, sorti en 2014 après Kwegne (toujours chez le label Contre-Jour) qui l’avait fait connaître. «Je pense que mon album est le reflet de ma personnalité. Mon vécu, c’est mon album», assure la chanteuse.

Kareyce-Fotso-Facebook-03La force de Kareyce Fotso réside dans sa capacité à rassembler les Camerounais d’une part, mais surtout à suivre les pas de ces illustres grands frères comme André-Marie Tala, Sam Fan Thomas et Pierre Didy Tchakounté qui chantaient avec conviction et bonheur les langues de l’ouest. «Le métissage est ma force. Je me l’approprie», confie Kareyce.

La guitariste dénonce l’époque où les bamilékés avaient peur de s’afficher et n’hésite pas à prononcer le mot «honte». Aujourd’hui, «il faut montrer aux jeunes qu’il est possible de chanter en Ghomala (sa langue maternelle), et Je suis en train d’essayer régler ce problème de complexe».

Elle a notamment confié travailler sur un album de reprises de classiques de jazz et de bossa-nova en Ghomala. «Imaginez Summertime en Ghomala. Ce serait beau», dit-elle. Le dernier morceau de l’opus Mokte, Aya, annonce d’ailleurs la couleur de ce projet, assure-t-elle.

Kareyce-Fotso-Facebook-02Ardente défenderesse de sa langue, elle estime qu’il est temps que les gens en soient fiers. Elle dit vouloir le faire d’abord et avant tout pour les jeunes. «Il faut que les jeunes s’approprient le jazz […] Notre culture doit vivre dans la mondialisation.»

Des projets, Kareyce Fotso en a plein la tête. Entre la musique, mais aussi l’écriture, le théâtre et le cinéma, la Bandjounaise voit grand. Elle caresse notamment l’idée de répertorier les nombreuses chansons que chantent les quelques rares anciennes des villages, notamment les pleureuses (en temps de deuil), et qui se perdent de plus en plus faute d’être transmise.

De Montréal, où elle a joué dans le cadre du projet Acoustic Africa avec Dobet Gnahoré et Manou gallo, elle se rappelle d’une belle expérience enrichissante.

 

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