Mes sœurs musulmanes : Quand des femmes voilées se dévoilent

Une féministe aguerrie pour porter un regard sur les femmes voilées au Québec ? Drôle d’idée. Dans son documentaire Mes sœurs musulmanes, la réalisatrice Francine Pelletier suit deux jeunes femmes voilées indépendantes et engagées. Chacune à sa façon, Asmaa Ibnouzahir et Geneviève Lepage tentent de concilier leurs convictions religieuses avec la vie moderne.

Francine Pelletier l’avoue. Avant de réaliser le film, celle qui incarne une figure marquante du féminisme au Québec avait des préjugés plutôt défavorables envers les femmes voilées. Mais quand elle a été approchée par la compagnie de production Les Films de l’Isle, elle n’a pas hésité : « On pensait qu’une féministe de ma génération serait la personne la mieux placée pour jeter un regard sur ce qui nous dérange, nous trouble, nous fait peur. »

C’est ainsi qu’elle a suivi Asmaa Ibnouzahir et Geneviève Lepage, deux jeunes Québécoises qui ont choisi de porter le voile. Pour Geneviève, la décision s’est faite à la suite des évènements du 11 septembre 2001. Elle a découvert un Dieu jusqu’alors inconnu, s’est convertie à l’Islam, et s’est lancée dans la défense d’une religion extrêmement malmenée médiatiquement. Asmaa, quant à elle, a surpris ses proches il y a 6 ans en décidant de porter le hijab. Marocaine de naissance, elle est arrivée au Québec à l’adolescence et elle est la seule femme de sa famille à avoir fait ce choix.

Une foi difficile à vivre au Québec

En écoutant ces deux jeunes filles, le public se rend vite compte qu’elles sont très fières d’être à la fois Québécoises et musulmanes. Mais on comprend aussi leur difficulté à vivre pleinement leur spiritualité au Québec. Le voile les stigmatise. « La dernière fois, on m’a encore traitée de terroriste dans la rue », témoigne une de leurs amies. « C’est fatiguant d’avoir à se justifier pour tout. Une femme voilée qui se comporte de la même façon qu’une femme non voilée va être jugée, systématiquement », soupire Asmaa. Discret dans le film, Mohammed, le nouveau mari de Geneviève, demande aussi plus de tolérance. Très pratiquant, il dit que vivre sa religion n’est pas contraignant, même au travail. La prière prend à peine cinq minutes, c’est le temps d’une pause cigarette !

« Pourquoi portez-vous le voile, mademoiselle? »

« Et vous, pourquoi portez-vous la barbe, monsieur? »

Contre les préjugés

En privé, comme sur les plateaux de télévisions, Geneviève est sans détour. Son voile n’enlève en rien sa féminité, elle se dit même très coquette. Devant la glace, elle s’arrange toujours pour que ses vêtements soient assortis à son foulard, et choisit avec minutie les épingles qui le soutiendront.

Le film témoigne en fait beaucoup plus de la foi et de la spiritualité des deux filles, que du port du voile en tant que tel. Mais, si Francine Pelletier a choisi de laisser parler Asmaa et Geneviève, elle n’en conserve pas moins son regard critique. Lors du tournage, la discrimination homme/femme lui a sauté aux yeux, et elle a filmé avec insistance des scènes de prières dans les mosquées où les femmes sont reléguées à l’arrière, « comme avant les Noirs, dans les églises ».

On retrouve aussi une phrase choc du père du Geneviève. D’un côté, il est très compréhensif et heureux pour sa fille qui a su trouver sa voie. Avant de souffler : « J’espère qu’un jour elle aura toute la place qu’une femme peut avoir dans le mouvement islamique. Mais elle va manquer de temps parce que cela va prendre deux à 300 ans. »

En lien avec le film :

  • Le documentaire « Je porte le voile » (lire la critique de Touki Montréal)
  • Pour approfondir : Réflexion des cinéastes Natasha Ivisic et Yanick Letourneau sur la question de la place de la femme musulmane dans la société Québécoise et du débat sur l’identité.

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