Rwanda : Une guerre qui ne veut pas mourir de F. Bugingo

Touki Montréal a rencontré François Bugingo, auteur du documentaire Une guerre qui ne veut pas mourir, présenté hors compétition au PanAfrica 2010. C’est à titre personnel, et non en tant que journaliste et président des Reporters sans frontières Canada, qu’il (re)tourne au Rwanda, 15 ans plus tard.

D’origine rwandaise, mais né à Kisangani, en RDC, François Bugingo se rend au Rwanda pour la première fois le 3 mai 1994. Peu de temps après les premiers massacres. Il avait à peine 20 ans : « C’est ici que je suis devenu un homme, explique-t-il en marchant dans l’église de Ntarama, longeant des étagères de crânes et de restes humains. Ce jour là, j’ai réalisé que mon métier de journaliste était un devoir de témoignage. »

Ce que représente ce film pour François Bugingo :

En assistant à la 15e cérémonie de commémoration du génocide, à Kicukiro le 7 avril 2009, François Bugingo réalise que derrière le discours officiel, les plaies de la guerre ne cicatrisent pas. Des femmes fondent en larmes, hurlent de douleur, s’évanouissent.

« Après une telle horreur, est-il possible de se réconcilier? Est-il humainement possible de faire abstraction sur un si lourd passé? »

En une semaine de tournage il parcourt le Rwanda et rencontre deux détenus Hutus, l’un ayant orchestré le massacre de plus de 500 de ses concitoyens, et nulle autre que Valérie Bemeriki, « Celle qui a tué avec la voix » en encourageant le génocide à la Radio Milles collines. Il recueille également un témoignage poignant de Casius Ndoro, « celui qui aurait pu être son jumeau de destin » filmé sur le vif devant reconnaître les restes humains de sa famille, tout juste déterrés.

Il tourne ensuite deux semaines au Congo, voyage dans une voiture de la MONUC jusqu’à Luofu, un village d’une centaine d’habitants, pillé, brûlé et pris dans les affrontements entre l’armée congolaise et les rebelles hutus. Il réussit à s’adresser à un lieutenant de la FRDC, l’armée congolaise. « C’est à vous maintenant de trouver une solution, on ne sait plus quoi faire nous » lance le militaire découragé et épuisé par ses conditions de travail, prenant François Bugingo pour un représentant de l’ONU.

Il s’aventure ensuite dans la brousse à la recherche des rebelles hutus. Il se fait passer pour un journaliste canadien d’origine ivoirienne, mais impossible de franchir le barrage ni d’entrer dans le territoire FDLR car la morphologie ne trompe pas, ils ont reconnu d’office qu’il était Tutsi. Il se contente donc d’une interview par téléphone.

Il se rend ensuite dans un camp de déplacés dont les conditions de vie sont atrocement précaires et y rencontre « le comble de l’ignominie », une fillette de 6 ans violée par un jeune voulant soi-disant se guérir ainsi du sida.

« Pourquoi des pays avec tant de beauté et de richesse s’enfoncent-ils chaque jour dans la décrépitude?, conclue François Bugingo la tête entre ses mains. À défaut d’y répondre, j’espère au moins faire œuvre utile en posant ces questions. »

L’état du Rwanda selon François Bugingo :

Interview : Emilie Fondanesche

Caméra et montage : Marie Roncari

2 COMMENTAIRES

  1. François,
    félicitation pour cet éclairage que vous venez de faire sur ce qui est arrivé, ce qui arrive aux Grands Lacs.
    Au début, je crois que vous l’avez fait exprès, de vous y retrouver « identitaire ment ». Ce que je vous trouve en plus,
    peut être qui devrait être fait par d’autres reporters, documentaristes, écrivains, …, ce serait à mon humble avis
    qu’on nous fasse partager des pensées des spécialistes (psychologues et autres) finalement quant à un éventuel remède à ces comportements des rescapés (évanouissements, etc.).
    J’irais beaucoup plus loin: si c’est une insulte à la nation et à la mémoire (ai-je compris lors de mon interview avec Ervin STAUB), mais finalement, à analyser les discours des uns, les silences des autres, les comportements sauvages = inhumains (j’en est été témoin une fois que j’étais au Rwanda, durant la période de deuil) des autres,…, d’ailleurs, vous vous rappelez de ce que le leader militaire des rebelles vous a dit au téléphone (déni de ce qui est). Ces discours selon la personne auteur, c’en est quoi comme conséquences, effets, causes, finalement? Peut-on finalement guérir des traumatismes suite à des crimes comme ça? Ici, je pense à des « Perpétreurs » (Cf E.STAUB) tel Valérie BEMERIKI: peut-on croire en la sincérité de ce qu’elle vous dit? Est-ce qu’elle aurait pu tuer de ses propres mains si… (enfin je sais qu’avec des si…)?
    J’aimerais aussi plus d’informations/analyses, dans l’avenir, comme on parle de contagion avec le printemps arabe, comme vous me semblez le seul à nous avoir montré que les conséquences de la guerre ne se limitent qu’au seul terrain de malheur.
    Encore, quand je voies ce qui s’est passé dans nos Églises, de Kicykiro, Nyamata (au Rwanda), au Burundi,etc., vous rappelez vous François de ce que nous disait André GLUCKSMANN, parlant de la « Troisième mort de Dieu »?

    Enfin, j’ai beaucoup écris, plusieurs idées me sont passées en tête, après avoir vu ce documentaire. D’ailleurs je reste partagé, même si je vais proposer ce documentaire dans nos médias, s’il fallait, oui ou non qu’il soit objet de conférence, ici!
    François, merci.

    The MACHADO

  2. Bonjour François, ça va bien. J’ai écouté à la télévision ( une guerre qui ne veut pas mourir ) c’étais très impressionnant et très instructif et je trouve que nous sommes extrêmement gâté ici au CANADA nous sommes jamais content c’est pas possible et encore une fois félicitation pour ton reportage. En plus je dois te dire que j’ai adopté deux petits RWANDAIS en 1990 et ils me rendent très heureux. Aussi est-ce-que tu peux me donner le titre de la musique à la fin de l’émission je crois que c’est une musique RWANDAISE. Alors merçi et bonne chance et si tu m’envoyé un message bien tu as mon adresse email BYE. FRANÇOIS GILBERT

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