Blues pour Élise de Léonora Miano

Après son dernier roman, Les aubes écarlates, paru en 2009 Leonora Miano revient avec Blues pour Élise, un roman publié chez Plon et dans lequel, l’auteure dresse « le portrait coloré, urbain et charnel de la France noire».

C’est l’histoire de quatre femmes, tout aussi puissantes que celle de Marie Ndiaye. Akasha, Amahoro, Shale et Élise vivent en France, mais dans leur veine, coulent le sang d’un continent qu’elles ont quitté tôt. Ce sont les Bigger than life.

Loin de la misère des cités reprise sans cesse par les médias de masse, Leonora Miano montre que les Afropéennes sont d’abord des femmes comme les autres avant d’avoir une peau noire. Elles ont des besoins aussi simples que la recherche du grand amour.

C’est le cas par exemple d’Akasha : «La jeune femme mit fin au défilé des hommes de sa vie, chassant au loin [des] souvenirs amers. Avec ces hommes elle avait toujours fait ménage à trois. Il y avait eu : elle, le gars et ses contingences matérielles ou ses problèmes existentiels.»

La majorité des personnages de ce roman sont d’abord et surtout de nationalité française. Pas question donc de ressasser ces histoires de sans-papiers qui « grugent » les allocations familiales  ou qui vivent «d’activités illicites».

Les femmes (puissantes) de Léonora Miano font du Vélib, «pendent la crémaillère, tombent amoureux, travaillent, cherchent leur identité sexuelle, vont chez le coiffeur ». Plus que cà, et à l’image des Afro-Américains, l’auteur estime que les afropéenns doivent prendre leur place.

«Contrairement aux Afro-Américains, qui avaient lutté pour se faire respecter chez eux [les Noirs d’Europe] rechignaient à s’affirmer Européens. Or s’ils ne se sentaient pas à leur place en Europe, ils ne pouvaient pas attendre d’y être traités en autochtones.»

Blues pour Élise confirme, s’il fallait, le talent indéniable de l’auteure franco-camerounaise, Léonora Miano, aussi bien dans le fond que dans la forme. L’écrivaine organise son dernier opus comme un album de musique avec huit plages (sections), un bonus à la fin et deux interludes croustillants que les Camerounais de la diaspora dévoreront au bon souvenir de leur terre natale.

« Allô? Asso! Oui, c’est moi, Bijou… Tu reconnais quand même ma voix, hein ? C‘est how? Quoi? Tu es ngué? Pardon excuse les gens. Moi-même je suis foirée comme ne n’est pas permis. À dire que j’ai fait quelque chose à la vie-ci… Tchiip! Résé, je viens de casser des derniers vingt euros pour te call de bon matin. J’ai à te dire. Là oû tu me vois, c’est trop fort sur moi. Je knowais que Mbeng était strong, mais là… Là là là… Je ne sais si j’ai le niveau »

Extrait de du premier interlude, Ton pied, mon pied

Les mélomanes d’un autre genre pourront profiter des musiques et des ambiances sonores proposées par l’auteure à chaque plage. Les plus avertis devineront des paroles de chansons savamment placées dans la narration.

Blues pour Elise de Léonora Miano, Éditions Plon, 199 pages, 2010.

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