Les médiateurs plaident pour une dot raisonnable au Congo

« Doter, ce n’est pas acheter une femme ! » Forts de cette conviction, des médiateurs traditionnels, regroupés en associations, tentent de convaincre les familles qui détournent la tradition et la loi de demander un montant raisonnable pour la dot. Certains couples arrivent ainsi à s’unir.

Syfia/CRP

Un médiateur traditionnel, arrangeant un mariage, salue l’assistance. « Le mariage est une bonne chose, ne le rendons pas compliqué ! », dit le doyen Pierre Kiminou, membre de l’association des nzonzi du Congo Brazzaville. Les deux familles rient de bon cœur et acclament cette parole sage.

Après discussion préalable entre deux nzonzi, la famille de la fille qui réclamait une dot d’1 million de Fcfa (plus de 1 500 €) avait revu ses prétentions à la baisse et accepté de ne toucher que 400 000 Fcfa (600 € environ).

Les médiateurs traditionnels, appelés couramment nzonzi (en langue kongo, au sud du pays), twèrè ou totelé (en mbochi, au nord), militent ces derniers temps activement contre le coût de la dot qu’ils estiment exagéré et non conforme à l’esprit de la tradition. « La dot n’est pas l’achat de la femme ! », souligne M. Mbemba, secrétaire général de l’association des nzonzi du Pool.

La bataille pour une dot juste a commencé en 2007 dans cette région puis a gagné Brazzaville un an après. Pierre Kiminou explique : « Nous nous retrouvons souvent au tribunal traditionnel de Terenkyo (à Makélékélé) pour débattre. Au cours des cérémonies de mariage, nous sensibilisons ironiquement parents et futurs mariés pour qu’ils nous consultent. »

Tradition et loi bafouées

Ces démarches diplomatiques et humoristiques persuadent certains parents. M. Mbemba, confie : « Cette année, entre mars et mai, j’ai fait marier quatre filles de l’honorable Mayindou (un député, Ndlr). Pour chacune de ces dotes le montant était de 300 000 Fcfa (près de 460 €) ». Alain Boukongou, devenu un fin connaisseur de la tradition, a lui aussi été persuadé par un nzonzi de laisser convoler en justes noces sa fille qui avait déjà fait deux enfants avec son prétendant. Le papa estime à présent : « C’est une chance aujourd’hui lorsque quelqu’un vient solliciter la main de ton enfant. Pour ma fille infirmière, je n’ai demandé que 350 000 Fcfa. »

Toutes les familles ne l’entendent cependant pas de cette oreille… Certaines, au nom d’une pseudo-tradition, n’hésitent pas à réclamer 600 000 Fcfa (900 € environ), voire plus, sans compter la dot à verser en nature. Pour M. Kayikoné, modérateur traditionnel de l’association des totelé/twèré de Boundzi (Plateaux, à 150 km au nord de Brazzaville, Ndlr), ces pratiques n’ont rien à voir avec ce qui se passait hier encore.

« Dans la tribu mbochi, on ne pouvait pas imaginer dépenser plus de 150 000 Fcfa pour marier son enfant. La dot avait de la valeur, mais se faisait à moins de 100 000 Fcfa (150 €) », affirme ce totelé. Le traditionaliste Auguste Miabeto explique qu’à l’origine, dans la coutume, on ne donnait que des cadeaux symboliques (par exemple deux bêtes pour la fécondité), mais on n’exigeait rien : « Ceux qui vendent leurs filles sont des véreux ! Ce qui se passe maintenant n’à rien à voir avec le rite ! »

Appliquer ou changer la loi

Les exigences de certaines familles sont non seulement contraires aux coutumes, mais en plus illégales. Le Code de la famille de 1984, en son article 140, dit en effet que : « La dot a un caractère de symbole. Elle est facultative. Elle peut être payée en nature ou en espèces ou sous les deux formes. En aucun cas son montant ne pourra dépasser la somme de 50 000 Fcfa (75 €). » Herman Batamio Matondo, juriste et secrétaire permanent de l’association Mibeko, précise qu’en cas de dépassement aucune sanction n’est prévue dans le Code pénal.

Un laisser-aller qui entraîne selon lui une instabilité dans les foyers : durée prolongée du séjour des filles sous le toit parental ou du concubinage parfois pendant plus de 10 ans, problèmes de reconnaissance des enfants et de succession, etc.

Simon William M’viboudoulou, directeur des affaires juridiques internationales au ministère de la Justice et des droits humains, estime pour sa part irréaliste les 50 000 Fcfa fixés par la loi et appelle à revoir ce montant. Selon lui, il faut réunir toutes les tribus du pays pour trouver un montant conforme aux aspirations des unes et des autres : « Cela ferait la médiane entre celles qui pensent que la dote doit être chère et celles qui estiment qu’elle doit l’être moins. Cette démarche sera retenue pour la révision (en cours depuis 2009, Ndlr) du Code de la famille qui devrait se terminer d’ici 2016. »
D’ici là, d’autres jeunes, pour pouvoir financièrement se marier, auront sans doute recours aux médiateurs traditionnels. A l’image de Séraphin, 37 ans, qui a consulté un nzonzi. Celui-ci, qui parlait la même langue que sa femme, l’a aidé à ne débourser que 350 000 Fcfa au lieu des 600 000 Fcfa exigés au départ par la belle-famille. « Il est important de trouver un nzonzi qui maîtrise bien les us de l’épouse », conseille Séraphin aux futurs mariés.

Par Jean Thibaut Ngoyi

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