Les petits épargnants refont confiance aux banques en RDC

Dans la province du Bas-Congo, les petits épargnants commencent à refaire confiance aux banques. Dans un contexte de stabilité monétaire, celles-ci multiplient les offres alléchantes pour capter les économies des moins nantis, parmi lesquels certains préfèrent encore garder chez eux leur argent.

C’est un cas de force majeure qui a contraint F.M. à ouvrir un compte en banque pour y placer ses revenus de fin de mois. Ce fonctionnaire a été dépouillé de ses maigres économies, après un vol perpétré à son domicile, début 2011. « J’ai alors décidé de renouer avec la banque. Pourtant, je ne gagne chaque mois que 127 000 Fc (135 $) », maugrée-t-il.

Ce n’est pourtant pas la principale raison qui pousse de nombreux habitants de Matadi, capitale du Bas-Congo (sud-ouest de Kinshasa), à faire ou refaire petit à petit confiance aux institutions financières. Une confiance que les Congolais ont perdue depuis quelques décennies de cela…

Ici, comme dans le reste de la RD Congo, de nouvelles banques privées ont vu le jour ces dernières années. Pour Pierre Mikalukidi, président provincial de la Fédération des entreprises du Congo (Fec), leur modernisation est un des facteurs clés d’attrait de la clientèle.

« Aujourd’hui, grâce aux machines électroniques, les clients sont en possession de leur argent à tout moment, même les jours fériés. Ce qui n’était pas le cas hier. » La stabilité du franc congolais depuis plus de cinq ans y est aussi pour beaucoup, explique Hyppolite Mbwilu, économiste.

« Nous avons démocratisé la banque »

Créées dans un contexte politique, économique et social particulièrement délétère, ces banques ont, quant à elles, rivalisé d’imagination pour essayer d’attirer une population devenue méfiante à leur égard. La faillite de certaines d’entre elles qui ont fait perdre de l’argent à de nombreux dépositaires durant les années 90, tout comme les opérations de ristourne de triste mémoire (Bindo, Nguma), ne jouaient pas en leur faveur. Celles qui sont arrivées durant la dernière décennie ont du multiplier les initiatives pour se faire accepter.

Compte Ekonzo (épargne), compte Elikia (espoir), compte Bomoyi (la vie), compte Ma famille, compte Ezo futa (ça paie) ou compte Académia (étudiant)… Misant sur des mots en lingala pour toucher la corde sensible des gens, ces banques ciblent les catégories moyennes de la population, qui vivent essentiellement de l’économie informelle (± 70 % des activités économiques du pays) et gardent jalousement leurs petits revenus au fond de leurs valises ou enfouis dans leurs matelas. Elles incitent les gens à ouvrir des comptes d’épargne à des taux d’intérêt annuel de 2 à 3 %, minorant ou supprimant parfois certains frais bancaires…

« Nous sommes allés vers ce peuple avec un discours simple », affirme Eric Tezo, directeur régional de la Banque internationale pour l’Afrique au Congo (BIAC). Avec environ 20 000 comptes pour des gagne-petit sur un total de 23 000 ouverts au Bas-Congo, « nous avons démocratisé la banque », dit-il. Le compte Elykia permet, par exemple, à leurs titulaires de bénéficier, au bout d’un an, d’un crédit représentant le double du montant épargné pour financer un projet.

Indemniser les clients en cas de faillite

La Rawbank qui n’avait au départ que le service ‘corporate banking’, réservé aux gros clients, a du se résoudre à introduire le ‘pittel banking’ pour les clients plus modestes. Il est destiné aux petites et moyennes entreprises et aux particuliers qui possèdent, dans la plupart de cas, des comptes salaires. Aujourd’hui, « cette catégorie représente au bas mot 70 % de notre clientèle », indique Ghancho Kipulu, directeur provincial des agences Rawbank. Et 10 à 15 % des dépôts relèvent du compte Academia.

Lisette Veluvunina, une étudiante qui gagne un peu d’argent grâce à son travail de secrétaire au barreau de Matadi, a ainsi ouvert un compte pour, dit-elle, « économiser et acheter une parcelle à mes parents qui sont locataires. » A Pro Crédit Bank qui finance de nombreux projets, la grande affluence de la petite clientèle est chaque jour bien visible. « Ce sont les petits épargnants qui ont fait de nous ce que nous sommes aujourd’hui », reconnaît, sans vouloir livrer des secrets de la maison, un agent de cette banque.

Mais, cette embellie n’emballe pas tout le monde. La faillite encore toute récente de la Banque congolaise laisse certaines personnes sur leurs gardes. « A la maison, je suis libre de gérer mon argent », argue par exemple un artiste peintre. Avocate au barreau de Matadi, Me Mbombo Suesue tente de rassurer ces clients potentiels, qui préfèrent encore thésauriser leur argent : « En cas de faillite, la justice doit contraindre soit la banque, soit le liquidateur ou l’assureur à indemniser ses clients. »

Par Bénita Sambu

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