Beni : solidaires, les enfants des militaires étudient malgré la pauvreté

La maigre solde des militaires ne semble pas affecter l’instruction de leurs enfants à Beni où la solidarité leur permet de bien étudier et rapproche civils et militaires.

Syfia International

« Une centaine d’élèves issus des familles des militaires suivent des cours à l’école primaire Lokoso », confirme Kambale Kahongya, directeur des études de cet établissement scolaire de Beni. Dans cette école récemment construite, comme dans plusieurs autres construites à proximité de camps militaires, par le Programme des nations unies pour le développement (Pnud) dans le cadre de « la cohabitation pacifique entre les habitants et les militaires », les enfants des militaires payent les frais scolaires à tempérament.

« Nous retenons 2 000 Fc (2,4 $) à chaque solde de nos militaires pour le primaire et 4 000 Fc pour les élèves inscrits au secondaire que nous reversons aux établissements scolaires jusqu’à totaliser le minerval exigé », explique le capitaine Charles Mbodo, président des parents des élèves issus des familles militaires et commandant du camp Mambango près de l’école Lokoso. Du coup ces écoliers sont assidus en classe et ne sont jamais chassés de l’école à cause des frais scolaires non payés comme c’est souvent le cas pour d’autres enfants de familles pauvres.

Rapprocher civils et militaires

« J’avais autorisé les policiers et militaires qui ont des enfants dans mon école de payer leurs frais scolaires au compte-gouttes, confie aussi le préfet des études de l’Institut Mapendo, une façon de les rapprocher de nous. Car parfois certains enseignants tombent entre les mains des hommes en armes ».

Depuis quatre ans, cette collaboration s’est étendue à d’autres écoles de Beni et les chefs d’établissements scolaires (primaires ou secondaires) ne chassent plus les enfants de militaires. « Nous avons trouvé ce compromis pour qu’un climat de paix règne entre nos enseignants et les militaires mais aussi pour que leurs enfants suivent les cours sans beaucoup de peine », rappelle Kambala. Même chose au Foyer social de Beni.

Au sein de cette école située à quelques mètres du camp de la Police nationale congolaise, les enfants des militaires suivent les cours normalement et leurs parents ne payent qu’a la fin du mois lorsqu’ils touchent leur solde. Depuis, tous sont contents, comme le témoigne le Sergent major Alphonse Mboyo. « Ce système nous permet de mieux supporter l’instruction de nos enfants et préparer leur avenir ».

Militaires et leurs dépendants

Les épouses de militaires ne sont pas en marge de cette solidarité. Elles exercent diverses activités commerciales et appuient de la sorte leurs maris dans le payement des frais scolaires. Elles vendent souvent diverses friandises au marché de la ville. « Je vends de poisson grillé servi à la chikwange au parking de Beni-Butembo. Je ne manque pas par jour 11 000 Fc (12 $).Cette somme me permet de faire face aux frais scolaires des mes enfants car le seul salaire de mon mari ne peut pas totalement couvrir cette charge et m’acheter mes ‘styles' », affirme, vêtue avec chic, Mague Mbayahili, épouse d’un adjudant de l’unité de l’air basé à Beni.

Une unité chargée de la coopération entre civils et militaires est opérationnelle au sein de la 8ème région militaire du Nord-Kivu. L’officier Pièrre Kazadi, chef de cette unité basé à Beni explique que le rôle de ce service est de pousser les dépendants de militaires à se prendre en charge. Inciter les militaires à faire éduquer des enfants comme ceux de la population civile mais aussi les épouses à exercer les activités commerciales.

« Nous disons toujours à nos compagnons de lutte qu’il faut que nos enfants étudient. Qu’ils obtiennent des diplômes et gèrent un jour ce pays, insiste l’officier. Peut-être, eux sauront comment mettre leurs parents militaires dans de bonnes conditions, une fois aux commandes de ce grand Congo. »

Par Jacques Kikuni Kokonyange

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