Goma : des Congolais reviennent d’Europe pour investir au pays

De plus en plus de Congolais, partis tenter l’aventure en Europe, rentrent à Goma, au Nord Kivu, pour se lancer dans les affaires. Le récit de leurs difficultés, qui donne une autre image de l’Europe rêvée, décourage ceux qui veulent émigrer.

(Syfia Grands-Lacs/RD Congo)

« La vie en Europe, c’est bien, mais c’est encore mieux de vivre ici à Goma où le coût de la vie est plus abordable », confie Jospin Yoto, un jeune Congolais qui a vécu sept ans à Londres avant de décider de rentrer à Goma. Comme lui, de nombreux immigrés, surtout ceux qui ont vécu dans la clandestinité, n’ont pas supporté les conditions d’accueil dans ces belles villes européennes jadis considérées comme un eldorado.

Photo : Flickr

La plupart ont compris que l’Occident n’était pas un paradis. Pour s’en sortir, il faut être en ordre et travailler dur. « Je travaillais dans un atelier de menuiserie où je gagnais par jour l’équivalent de 50 $, une somme qui paraît considérable. J’ai toujours vécu avec la crainte d’être pris par la police et j’ai vite compris que je ne pouvais continuer à vivre dans la clandestinité, comme un fugitif », déclare Fiston Matungulu, qui vient de rentrer à Goma, après un séjour difficile en France.

Il y a environ cinq ans, envoyer son enfant en Europe était prestigieux pour de nombreuses familles congolaises et africaines en général. Pour réaliser ce rêve, il fallait parfois vendre des biens de valeur, avec la conviction que celui qui part, deviendrait très vite riche et en ferait profiter toute la famille.

Mais pour de nombreux candidats à l’immigration, la réalité est tout autre dès qu’ils débarquent en Europe. Et pour les parents remplis d’espoir, c’est le découragement et la déception. « J’ai vendu l’une de mes maisons pour envoyer mon fils aîné à l’étranger », dit le père de Morisho K, déçu, car son enfant n’a jamais pu « rembourser » l’argent du voyage.

Franchir le pas du retour

Malgré les difficultés et les risques liés au séjour illégal en Europe, nombreux sont les immigrés qui refusent de rentrer chez eux. Par peur de tout recommencer à zéro ou par honte de voir que leurs amis d’enfance restés au pays ont réussi à s’en sortir, avec famille, maison et emploi stable.

Pour ceux qui osent franchir le pas, le constat est clair. « Je m’efforce de rattraper le temps perdu car les amis et frères qui sont restés ont réussi dans leurs entreprises », se justifie JKM, rentré d’Irlande il y a deux ans. Selon lui, de nombreux Congolais vivant à l’étranger croient toujours que la RD Congo est caractérisée par la pauvreté, les conflits et les tueries. Pour l’instant, il ne regrette pas son retour car son entreprise d’importation de matelas devient florissante.

Ils sont de plus en plus nombreux à faire le choix du retour au pays, comme JKM. D’après un des agents du Service congolais de l’Immigration, chaque mois, des dizaines de Congolais rentrent d’Europe et viennent s’enregistrer au bureau de recensement, afin de remplir les formalités pour se lancer dans le business. « J’ai installé un studio multimédia pour la conception et la réalisation de films documentaires sur les réalités de notre pays », dit Hashim Sambu, ingénieur informaticien, qui apprécie particulièrement la flexibilité des services provinciaux de recouvrement des taxes, qui accordent facilement des délais ou des dérogations.

De retour à Goma, certains Congolais qui ont vécu l’aventure s’investissent en conseillant et en décourageant ceux de leurs concitoyens qui nourrissent encore des rêves d’Europe. Ils témoignent certes de la beauté des villes européennes mais insistent surtout sur les conditions de vie difficiles et la souffrance qui en résulte, particulièrement pour ceux qui n’ont pas de papiers.

Depuis qu’il est rentré, James Bugera, ne cesse de raconter à ses petits frères son parcours du combattant. « À part la nourriture et une place pour dormir dans le sous-sol de la maison de mon patron, je ne gagnais rien comme salaire. Alors que je travaillais 12h par jour comme manutentionnaire, dans un entrepôt frigorifique », raconte-t-il.

A l’heure actuelle, la tendance est au retour au bercail pour certains Congolais qui séjournent en Europe soit pour le travail, soit pour les études. Le leitmotiv : retourner au pays pour y investir.

Par Mustapha Mulonda

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