Mali, ô Mali de l’académicien Eric Orsenna

Dans son roman Mali, ô Mali, l’académicien Eric Orsenna redonne la vie à son personnage de Madame Bâ Marguerite et se propose de parcourir le pays de la Grande Royale, afin d’en savoir plus sur les contours d’un conflit qui déchire depuis des décennies.

Mali-o-mali-erik-orsennaL’auteur de Madame Bâ (2003) reprend donc son bâton de pèlerin pour parcourir le fleuve Niger, raconter l’histoire et la situation du Mali qu’il connait, de Tombouctou, de ses djihadistes, de ses Touaregs, mais aussi de toutes ses richesses.

Mali, ô Mali raconte ainsi l’histoire de Mme Bâ, cette grand-mère malienne de France qui décide de rentrer au Mali avec son petit fils qu’elle a sauvé du foot et de la drogue. Investie d’une mission presqu’impossible, soit de ramener la paix, l’institutrice à la retraite choisit d’incarner à sa façon une sorte de Jeanne d’Arc malienne.

Le décor est celui d’un Mali en plein séisme. Des militaires ont renversé le pouvoir en place du gouvernement d’Amadou Toumani Touré. Pire, des djihadistes qui ont fuit la Libye sème la terreur dans le désert. Ils vont même envahir une partie du nord du Mali, Gao, Kidal et même la très chargée ville de Tombouctou.

«Quels dommages que les présidents français se succèdent et tellement se détestent! Si vous étiez intervenu ensemble, [Nicolas Sarkozy] en Libye, vous (Francois Hollande) au Mali, les bandits seraient morts. Alors qu’ils courent toujours.»

C’est dans ce chaos total que Mme Bâ et son petits fils, Michel, renommé Ismaël et devenu griot, débarquent d’abord à Bamako puis dans le Nord, région de tous les dangers. Marguerite Bâ, née Dyumasi, qui n’a pas sa langue dans sa poche, va mettre tous ceux qu’elle rencontre sur son chemin dans sa poche. Du ministre influent au trafiquant de drogue, en passant par de nombreux protagoniste: pêcheurs, réfugiés,membre de sa famille, ancien président et même soldats rébelles.

Au détour, l’auteur, prix Goncourt 1988, propose une réflexion sur la démocratie exponentielle de l’Afrique et se risque à une solution, celle du contrôle des naissances, bref la conscientisation de la femme, au centre de toute société, fut-elle africaine. Il y a également une autre théorie, plus réunificatrice, celle de l’éducation comme premier socle d’une société égalitaire, juste et qui ne se contente pas de vivre dans les erreurs de la tradition.

Pour autant le seul truc à retenir de cet ouvrage reste le message que veut passer Mme Bâ au tout nouveau socialiste de président qu’est François Hollande. Et si les véritables raisons de la crise malienne était surtout une question de drogue, bref de capitalisme plus que d’idéologisme réligieux ? Guérir, c’est bien, mais prévenir c’est encore mieux, au Mali comme ailleurs en Afrique et dans le monde.

«Monsieur  Francois, tu vas gagner ta guerre. Maintenant, si tu souhaites que je te parle de la paix, c’est quand tu veux.»

Il y a l’humour, dans le ton, mais il y a surtout une plume, aussi savoureuse que profonde qui sans doute trompera le lecteur à tel point qu’il ne s’imaginera pas toujours que fiction et réalité sont aussi proche que cà. Mali, ô Mali, dira simplement Erik Orsenna.

Mali, ô Mali, par Erik Orsenna, Stock, 416 pages

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