«Histoire de la violence» d’Édouard Louis: récit d’une descente aux enfers

Edouard_Louis_at_Columbia_University Deux ans après la publication de son premier roman En finir avec Eddy Bellegueule, vendu à plus de 300 000 exemplaires, Édouard Louis persiste et signe avec Histoire de la violence (Seuil), une deuxième oeuvre forte dans laquelle il raconte sa descente aux enfers après sa rencontre fortuite avec Reda, un jeune homme dont il était tombé sous le charme, un soir de Noël.
Encore une fois, le jeune auteur français de 23 ans s’est inspiré de faits vécus. Cette fois-ci, c’est le récit de son agression, suivie d’une séquestration, d’un viol et d’une tentative de meurtre, qu’il relate.

En 2012, le soir de Noël, vers quatre heures du matin, Édouard rentre chez lui après une soirée festive et bien arrosée entre amis. Près de la place de la République, à Paris, il rencontre Reda, un jeune homme d’une trentaine d’années d’origine kabyle qui l’aborde en pleine rue.

Au début, le jeune écrivain résiste, bien qu’il trouve Reda de son goût. Mais il cède par la suite à ses avances et l’emmène dans son studio. Après une nuit d’amour passionnelle, une certaine complicité s’installe entre les deux jeunes hommes.

Lorsqu’Édouard constate que son téléphone a disparu, les événements prendront une tournure dramatique et Édouard vivra une véritable descente aux enfers.

Après sa sortie en janvier dernier, Histoire de la violence a plutôt divisé les critiques littéraires. Et on comprend pourquoi.

Au premier abord, la prémisse de ce deuxième roman peut sembler simple. Un récit d’agression, ce n’est pas forcément original. Toutefois, dans sa forme, le roman d’autofiction surprend.

Histoire-Violence-EdouardD’abord, le récit est construit de façon très décousue. Dans le chapitre d’ouverture, le lecteur découvre un Édouard déboussolé et effrayé après son agression. Autre constat: l’auteur fait fi de la temporalité en exposant les différents moments de l’agression dans le désordre. Il parle également de la plainte auprès de la police, des démarches médicales éprouvantes, du passé de son bourreau et celui de son père…

Malgré le traumatisme qu’il a vécu, Édouard tente de comprendre les motivations de son agresseur, voire l’excuser. Ce grand casse-tête peut sembler intéressant, mais dans les faits, il ralentit et alourdit inutilement l’intrigue.

Néanmoins, le fait qu’Édouard redécouvre le récit de cette nuit d’horreur dans la bouche de sa soeur, chez qui il est allé se réfugier quelques mois après les événements, est un dispositif littéraire qui force l’admiration. L’auteur arrive à superposer avec justesse sa version des faits à celle de sa soeur qui s’est approprié le récit pour le raconter à son mari.

Choc de classes et de cultures

Par la même occasion, l’auteur superpose et oppose deux langues, deux mondes: le langage érudit et parisien d’Édouard et le langage ouvrier moins éduqué de sa soeur Clara, qui est par extension celui de sa famille originaire du nord de la France. Ce monde, il l’avait totalement rejeté dans En finir avec Eddy Bellegueule.

Edouard-Louis-FacebookLe lecteur assiste également à un choc de cultures: Édouard, le Français blanc et éduqué est agressé par Reda, le jeune français d’origine kabyle du côté de son père, aux origines modestes.

Cette opposition aurait pu contribuer à exacerber  une certaine islamophobie ambiante. Mais l’auteur, au contraire, dénonce dans son livre le racisme à l’égard des maghrébins en France.

«La copie de la plainte que je garde chez moi, rédigée dans un langage policier, mentionne: Type maghrébin. Chaque fois que mes yeux se posent dessus ce mot m’exaspère, parce que j’y entends encore le racisme de la police pendant l’interrogatoire qui a suivi.» – p. 23

Au final, «Histoire de la violence» est un livre confession parfois cru et dur à lire dans lequel son auteur se met à nu. Édouard Louis raconte une histoire qui lui est réellement arrivée. «Dans ce livre, il n’y a pas une seule ligne de fiction», a-t-il déclaré lors d’un entretien à «Livres Hebdo», repris par le «Nouvel Observateur».

À cause de cette confession, le jeune écrivain se retrouve actuellement embourbé dans une tourmente judiciaire. Le vrai Reda, de son vrai nom Riahd B., qui est désormais en prison, l’attaque en justice pour atteinte à la présomption d’innocence et atteinte à la vie privée. Le livre aurait permis de l’identifier.

Même si l’auteur de ces lignes a trouvé ce deuxième roman d’Édouard moins bon que le premier, cet ouvrage a toutefois le mérite d’avoir soulevé un sujet délicat, voire tabou: le viol chez les hommes.

«En France, mieux vaut ne pas être violé quand on est pédé! La justice et la police se réveillent quand une histoire de viol devient un best-seller», s’est emporté Emmanuel Pierrat, l’avocat d’Edouard Louis, cité par le Nouvel Observateur.

Le 18 mars, la cause de Riahd B. était entendue devant le Tribunal de grande instance de Paris. De nombreuses incohérences de la part de la défense ont été soulevées par le président du tribunal. Selon le Nouvel Obs, tout porte à croire que Édouard Louis ne sera pas inquiété par cette poursuite. Le délibéré est fixé pour le 15 avril prochain. L’affaire se poursuit néanmoins au pénal pour la plainte pour viol. Riahd B. attend d’être interrogé par un juge d’instruction.

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