Hommage à Fela !

La comédie musicale Fela! est de retour sur scène, au théâtre du Sadler’s Wells de Londres. Touki n’a pas manqué l’événement et vous replonge en plein cœur du mythique Afrika Shrine, le club du légendaire Fela Kuti.

Fela. Ce nom seulement suffit à attiser les passions. Personnage hors pair, musicien engagé, le père de l’Afro-beat restera dans nos esprits comme celui qui à travers la musique aura mené un combat sans compromis.

Eté 1978 à Lagos, capitale du Nigéria. C’est la dernière performance de Fela Kuti à l’ Afrika Shrine. Sur deux actes, le personnage Fela raconte son histoire, sur fond de mélodies frénétiques et anecdotes très personnelles, peu coutumières dans ce type de productions.

Car Fela! n’est vraiment pas un spectacle comme les autres. Le chanteur pousse son public à interagir, lance maintes touches d’humour noir, tout en dénonçant ceux qu’il appelle « international thieves », les dirigeants en place, ou « zombies » en référence aux forces armées.

Certes, la pression dans la salle n’est pas aussi virulente qu’elle pouvait l’être à Lagos à cette époque. On reste bien assis dans un fauteuil en Occident mais le message est clair.

Sahr Ngaujah livre un Fela Kuti convaincant. Ayant été bercé dans l’univers musical toute sa jeunesse, la passion de l’acteur pour le personnage est flagrante. Il enchaine solos de saxophone, chants déchainés, magnifiquement entouré d’un orchestre jouant nombre de grands classiques, ainsi que de splendides danseuses (et danseurs bien sûr !), l’amour de Fela pour les femmes transparaissant avec évidence tout au long du spectacle.

A mesure que l’ambiance monte sur scène, la performance de Ngaujah gagne peu à peu en intensité. Car, autant divertissant soit-il, l’univers Fela se trouve aussi mêlé à la répression politique et aux actes de violence contre ses proches. Sa révolte contre le pouvoir en place lui attira la foudre de ce dernier. Il y puisera d’ailleurs sa fureur et son aura, ce qui se retrouve impeccablement dans la pièce, même si la rage du vrai Fela avait un coté authentique difficilement égalable.

On ne peut cependant s’empêcher de se demander si Fela était prophète en son heure lorsqu’il déclarait que la musique était l’arme du futur. Si l’art peut sans aucun doute véhiculer un message et sensibiliser les foules, peut-il avoir un impact significatif ? Le Nigéria reste un pays où les inégalités perdurent, l’exploitation des richesses ne profitant qu’à une poignée d’hommes, et cela, plus de trente ans après les cris de Fela.

Fela! parvient incontestablement à mettre en œuvre les multi facettes du chanteur et de son monde. La pièce rend un bel hommage à ce personnage qui aura marqué toute une génération, et continue de nos jours à influencer bien des musiciens, tant par son énergie sonore que son engagement politique.

Nicolas Roux

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