«Maison Bleue» aux RIDM: la face cachée de la Jungle

Karine Bénézet

La Maison Bleue, c’est l’histoire d’Alpha, migrant et habitant de la Jungle de Calais, un ancien camp de réfugiés du nord de la France, séparé de l’Angleterre par les eaux grisâtres de la Manche. C’est aussi le point de départ du documentaire du même nom d’Hamedine Kane, artiste réalisateur sénégalo-mauritanien établi en Belgique après un long périple migratoire, à l’instar d’Alpha.

Le besoin d’exister

Ce long métrage présenté aux RIDM, en ligne jusqu’au 2 décembre, est un véritable hommage aux civilisations. Hamedine Kane, complice et ami d’enfance d’Alpha, pose un regard intimiste sur la case aux murs bleus qui domine une partie la Jungle du haut de son monticule terreux.

À la fois refuge, lieu de culture créative et d’espoir, la maison au toit de paille symbolise tant les racines peules de son occupant que l’aspiration de toute civilisation.

Au fil des conversations amicales et des plans serrés se révèle alors une facette de la Jungle trop souvent étouffée par les préjugés et l’indifférence du monde extérieur: celle du besoin de construire et d’exister, même dans des lieux indésirables.

La résilience d’Alpha soulève l’admiration, allant jusqu’à faire oublier, quelques instants, les violentes conditions dans lesquelles les migrants de la Jungle survivent. Un répit.

L’absurdité révélée

Mais si l’histoire est profondément touchante, sa conclusion est un dur rappel à l’ordre?: celui d’une société capable des pires absurdités à l’endroit de ceux qu’elle rejette. Les mâchoires se serrent tandis que la maison bleue, transportée vers les projecteurs d’un avenir meilleur, laisse derrière elle son bâtisseur.

Démantelée en 2016, la Jungle de Calais, de son vrai nom «camps de la Lande» accueillait alors près de 10?000 migrants. Aujourd’hui encore, bon nombre d’entre eux vivent dans des camps de fortunes dissimulés et dont les conditions de vie sont d’une extrême précarité.

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