“Moi j’ai un ami blanc!”: cinq questions pour mieux comprendre le concept

Pour en savoir plus sur le concept “Moi J’ai un ami banc!” avec ses vidéos franchement drôles et qui font reflechir, Touki Montréal a posé cinq questions à Julien Boisvert, réalisateur et initiateur du projet.

Qui est derrière le projet ?

Au départ, il y avait moi et quelques artistes avec qui j’ai l’habitude de collaborer. Il y a toujours une certaine diversité culturelle au sein de mes projets, mais cette fois je souhaitais que l’essentiel du projet soit entre les mains de personnes racisées. Et aux différentes étapes: recherche, scénarisation, tournage, diffusion.

C’était aussi important pour moi qu’il y ait une forte présence d’autochtones, dont des représentants des nations atikamekw et anishnabe. Même s’ils ont des backgrounds très différents, les autochtones et les immigrants vivent ironiquement des enjeux qui se recoupent, par exemple le racisme systémique.

Par rapport au financement, c’est le Conseil des arts de Montréal qui a offert une bourse de démarrage. Mais le projet demeure très indépendant de tous médias, groupes de pression ou agences publicitaires.  

D’où vient cette idée ou ce concept ?

Dans ma pratique artistique, je cherche à questionner les discours dominants, et en particulier les normes que les gens suivent sans s’en rendre compte. Par exemple, j’ai réalisé le projet Parrainez un enfant riche, une campagne humanitaire fictive qui renverse la logique d’entraide.

Je voulais remettre en question la richesse matérielle comme norme qui définirait notre bonheur, puis la mettre en contraste avec une autre sorte de richesse, la richesse relationnelle, soit les liens avec notre entourage. Avec ce nouveau projet, je voulais questionner la “norme blanche” qui teinte plein d’aspects de nos vies, souvent sans qu’on s’en rende compte. L’exemple classique est le pansement pour la peau, qui est souvent de couleur claire et exporté à travers le monde alors que la population mondiale a une peau plus foncée en très grande majorité.

C’est anecdotique, mais ce même pattern se retrouve sur les écrans de télévision, dans les lieux de pouvoir, etc. En créant ce projet de fiction satirique, je souhaitais faire découvrir cette incongruité à mes compatriotes blancs, ceux du groupe majoritaire au Canada, mais en optant pour une approche humoristique et décalée. Autrement j’ai remarqué qu’ils ont tendance à se braquer et ils n’écoutent plus. 

Pensez-vous qu’un jour, ce genre de projet ne sera plus nécessaire ?

Je crois que ce type de projet ne sera plus nécessaire le jour où l’empathie avec un grand E sera à la base des relations humaines. Mais on a du chemin à faire…

Martin Luther King avait un rêve. Quel est le vôtre ?

Même réponse qu’à la question précédente. Je rêve que l’empathie soit enseignée très jeune aux enfants et qu’elle devienne un trait dominant des relations entre humains. 

Quel est le commentaire le plus drôle reçu ? Le plus acerbe ?

Comme ce projet repose sur l’inversion des rôles, beaucoup de gens d’autres types de minorité nous écrivent pour proposer de faire le même exercice, mais en lien avec leur différence.

Par exemple un projet qui s’appelerait « Moi j’ai un ami hétérosexuel », ou « Moi j’ai un ami neurotypique », etc. Puis un commentaire acerbe? Quelques personnes nous reprochent de faire exactement ce qu’on dénonce, à savoir de répandre des stéréotypes. Mais ce qu’ils ne comprennent pas, c’est que c’est précisément ça notre but!

On veut créer une expérience où le groupe majoritaire est réduit à des stéréotypes pour lui permettre de comprendre ce que les personnes racisées vivent. 

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