BD: “Frantz Fanon” de Frédéric Ciriez et Romain Lamy

Publié aux éditions La découverte, le roman graphique Frantz Fanon est une immersion dans le parcours et la vie de cet écrivain et psychiatre martiniquais, devenu le porte-parole de la guerre d’indépendance algérienne et des luttes anticoloniales.

De sa jeunesse militaire à sa mort dans un hôpital de Washington, aux États-Unis, chez les lyncheurs, comme il aimait à qualifier les Américains, cette puissante BD de 240 pages (en format 195 x 260 mm) est un petit bijou qui renseigne d’abord sur l’auteur de Peau noire, masques blancs, mais aussi sur l’ambiance bouillante de cette époque d’indépendance.

Tout part d’une rencontre à Rome, en août 1961, avec Jean-Paul Sartre, parce que ce dernier a accepté de préfacer l’ouvrage ultime de Frantz Fanon Les Damnés de la terre, un essai considéré comme un manifeste anticolonialiste. Le titre, (re)découvre-t-on, dans la biographie est une métaphore politique inspirée d’un poème issu du recueil Bois-d’Ébène du poète haïtien Jacques Roumain (1945).

Lors de cette rencontre qui va durer trois jours, Frantz Fanon discute avec Sartre, Simone de Beauvoir et Claude Lanzmann. S’ils se respectent tous, les protagonistes ne se font pas de cadeau en se disant les vérités, les plus crues.

Il faut l’avouer, l’ouvrage est parfois technique et pas toujours digeste, mais il renseigne sur cette importante comparaison entre psychiatrie et colonialisme.

“Je suis psychiatre. Ma vision du monde découle de ma connaissance de la souffrance psychique et de ma pratique de la clinique. Les colonies sont des lieux d’enfermement à ciel ouvert dont la décolonisation nous permettra de sortir”, confie le personnage principal à ses amis, non sans critiquer Aimé Cesaire ou Léopold Sédar Senghor et leur concept de négritude.

L’auteur, Frédéric Ciriez, livre un scénario qui permet à son héros de s’exprimer sur tous les sujets, les plus faciles, comme les plus difficiles. Pensons par exemple à la période, ou Frantz Fanon est un peu mis sur la touche de la révolution en occupant un poste d’ambassadeur/représentant du Gouvernement Provisoire Algérien (GPRA) à Accra, loin du cercle du pouvoir.

Les dessins de Romain Lamy qui signe ici son premier roman graphique permettent aussi de caractériser le médecin et donneront aux lecteurs quelques éléments pour se faire une idée sincère de ce penseur et révolutionnaire martiniquais,

Les plus maniaques retiendront que dans le livre, Fanon a rencontré ses trois “amis”, à Rome pendant trois jours et que l’ouvrage est organisé en trois chapitres. Qu’importe, ce qu’il faut retenir, c’est ce que cette BD permettra aux plus grands nombres de garder en mémoire l’oeuvre d’un homme engagé, un humaniste qui rêvait d’un après meilleur pour ses patients, mais aussi pour toutes les nations, particulièrement africaines.

Né en 1952 à Fort-de-France, le jeune Frantz Fanon s’est engagé dans les Forces française libre en 1943 avant d’étudier la médecin ainsi que la psychologie à Lyon. Par la suite, Il devient médecin-chef de l’hôpital psychiatrique de Blida, en Algérie, avant de s’installer à Tunis. C’est leucémie qui aura raison de lui.

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