Asher le Devin et autres contes de Fès d’Ami Bouganim

Ami Bouganim, tantôt essayiste, tantôt écrivain-philosophe, signe à nouveau chez Albin Michel un ensemble de récits fantastiques, Asher le Devin et autres contes de Fès. Originaire du sud-ouest du Maroc à Essaouira, l’écrivain soixantenaire offre à son lectorat des personnages hauts en couleur dans un mellah (nom donné au quartier des résidents juifs au Maroc) traditionnel au coeur de Fès.

Asher le Devin et autres contes de Fès naît d’une rencontre cocasse et inspirante entre Ami Bouganim et un conteur-exorciste-aliéné-repris-de-justice marocain prénommé David Bénaïm, installé en Israël.

Suite à une longue conversation épique, relatée dans l’Avant-Propos, David Bénaïm offre (après quelques réticences, toutefois) sous forme d’un « pli recommandé avec accusé de réception » ses récits à l’écrivain-philosophe qui ne tarde pas à se mettre au travail.

Vestige d’époques et de siècles révolus faisant leur entrée dans un XXème siècle (début des années 20) assurément bouleversant, le mallah d’Ami Bouganim survit grâce à la mémoire de ses habitants centenaires, narrant à chacune de leur rencontre fortuite des anecdotes historiques (comme l’exécution de Soleika la Sainte) en y incorporant bienveillance et espièglerie.

« Le vieil Élie habitait le mellah depuis toujours. – Depuis toujours? – Depuis qu’il avait ouvert les yeux pour la première fois et qu’il s’était mis à pleurer en se désolant de ne pas connaître la prière de rigueur pour saluer sa propre naissance. Il savait pertinemment que le petit quartier l’avait précédé et qu’il lui survivrait, il n’en était pas moins intimement convaincu, ni plus ni moins que les autres, que sans lui ce ne serait plus la même chose ».

Ami Bouganim suit la construction classique des contes et légendes d’antan (s’inspirant notamment des mythes homériques comme l’Odyssée) en mettant au coeur de chacun de ses récits le dessein extraordinaire d’un personnage (ou plusieurs) charismatique.

Le titre même de l’ouvrage (un jeu de mots avec « conte de fées ») donne quelques indices quant au ton adopté par l’auteur. Malice, finesse et maîtrise du verbe sont bien au rendez-vous et parachèvent le corpus.

Mais bien plus qu’une oeuvre plaisante et simple, Asher le Devin se fait l’illustration d’une cohabitation parfois peu évidente entre modernité venue d’Europe et traditions ancestrales conservées pieusement dans un milieu où les différentes religions et cultures s’entremêlent et s’entrechoquent avec maladresse.

Chaque personnage tente de jongler entre contradictions, respect des moeurs religieuses et tentations de la nouveauté apportée par les Français.

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