Lubumbashi : le pénible vote des vieillards

Dans l’isoloir, les vieilles personnes ont beaucoup souffert pour retrouver les noms ou numéros de leurs candidats, sur des bulletins de vote des législatives longs d’une dizaine de pages à Lubumbashi. Il a fallu souvent qu’on les y aide, pour qu’elles s’en sortent…

(Syfia International)

La foule se presse dans l’enceinte de l’école primaire Bustani ya Elimu, où le vote débute dès 8 heures, même si la CENI avait prévu que les opérations commencent à 6h. L’engouement devant les bureaux de vote est surprenant.

Parmi les électeurs en file, Da Louise, la soixantaine révolue. « Regardez quand même les vieilles personnes ! », lance-t-elle désespérément en direction d’un policier chargé d’assurer l’ordre.

L’agent donne l’air de ne se préoccuper que de l’ordre. Mais quelques minutes après, il revient sur ses pas, pointe du doigt Da Louise, une autre femme derrière elle et un vieil homme accroupi dans les rangs, un pull over sur la tête. Il les conduit vers le bureau de vote où, de façon quasi automatique, le personnel s’accorde à leur simplifier la tâche.

« Je suis venu avec mon stylo (se méfiant de ceux de la CENI dont les écrits selon la rumeur, s’effaçaient 30’ après, Ndlr) », prévient l’un des vieillards, pendant que le président du bureau lui remet le bulletin pour la présidentielle. De petite taille (un peu plus de 30 cm), il n’exige pas beaucoup d’effort pour repérer la photo ou le numéro de l’un des 11 candidats en lice.

« Laissez-les voter en paix »

L’un et l’autre sortent de leur isoloir après un laps de temps, avant de recevoir les bulletins pour les législatives. « Faites la même chose et allez vous reposez à la maison », leur recommande Mulimbi, le président du bureau de vote. Mais cette fois, les trois vieux électeurs tardent à quitter chacun son isoloir. « Muchachishe ! », s’écrie en swahili Mulimbi, demandant aux autres électeurs de s’éloigner des isoloirs.

En face de lui, des électeurs impatients regardent, curieux, les bulletins qu’ils viennent de recevoir. Toujours dans les isoloirs, le trio parcourt, l’une après l’autre, les 14 pages du bulletin des législatives. « Je ne retrouve pas mon candidat », lance Da Louise, quittant son isoloir pour aller vers le président du bureau.

Elle ne cesse de feuilleter l’encombrant bulletin. Tantôt elle cherche le numéro de son candidat, tantôt son regard s’immobilise devant les photos, les logos des partis ou les noms d’autres candidats.

Les trois vieux prennent le temps de parcourir les 46 photos présentes sur chaque page. « Nous avons appris, lors de la formation, qu’il faut servir prioritairement les personnes du 3ème âge, les femmes enceintes, les handicapés et autres. Laissez-les voter en paix même s’ils sont lents », explique la secrétaire de bureau, aux autres électeurs impatients.

Petite peur dans la ville

En face d’elle, un jeune homme conseille qu’on les aide à retrouver leurs candidats. « Passez-moi les numéros de vos candidats », finit pas s’adresser d’un ton coléreux, le président du bureau, aux vieux électeurs. Par le bras, il les tire l’un après l’autre vers l’isoloir et, sous le regard intéressé des témoins et observateurs présents sur le lieu, les aide à cocher la case correspondant au numéro du candidat.

Pendant ce temps, dans la cour de l’école, l’engouement des électeurs cède la place à la peur parmi la foule agitée. « A l’Institut Njanja, des hommes armés ont tiré des balles, dispersé les électeurs et brûlé urnes, isoloirs et bulletins de vote », alerte un jeune motard tout suant. Certaines personnes sont mortes, ajoute-t-il sans autres détails.

La nouvelle faisant état d’assaillants circulant à bord d’une camionnette, avec armes à feu à la recherche des bureaux de vote, gagne toutes les rues. Après avoir tiré sur un policier et un civil morts sur le champ, ces inconnus ont poursuivi leur aventure dans la commune de la Rwashi. Là, six d’entre eux ont été tués par des militaires mis à leur trousse. D’autres parmi eux ont été arrêtés et mis à la disposition du gouvernement provincial, avant l’ouverture d’une procédure judiciaire ne soit engagée contre eux.

Par Maurice Mulamba

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