Lubumbashi : travailler chez les morts rapporte aux enfants

Faire de petits boulots dans les cimetières pour aider leurs familles pauvres, n’impressionne pas les enfants de Lubumbashi qui sont nombreux à y travailler. Impuissants, les services urbains de protection de l’enfant laissent faire.

Quarante jours après l’enterrement de sa mère au cimetière de Pengapenga à côté de la cité Gécamines à Lubumbashi, Patrick Kalombo est allé poser une pierre tombale sur sa sépulture. Mais, aussitôt a-t-il franchi la porte du cimetière qu’une dizaine d’enfants est venue l’entourer. Munis de bêches, houes, brouettes, râteaux, etc. chacun d’eux veut lui proposer un service. « Ce n’est pas croyable, s’étonne Patrick qui finit par recourir à ces fossoyeurs d’un genre nouveau. A notre époque, nous avions peur d’approcher un cadavre, pire encore d’aller au cimetière. Les temps ont vraiment changé ! ».

Rue de Lubumbashi, Photo : luc56, Flickr

A quelques mètres de là, une autre famille venue enterrer l’un de leurs est aussi encerclée par un groupe d’enfants qui sollicitent du travail. « Il n’y a pas 30 minutes que nous sommes arrivés au cimetière.

Le gardien nous a juste indiqué l’endroit et trois enfants ont creusé la tombe pour nous en peu de temps et à moindre coût », explique un membre de la famille éplorée.

Les parents et l’Etat laissent faire

Depuis les deux dernières années, les habitants de Lubumbashi qui vont enterrer un proche, poser une pierre tombale ou une gerbe de fleurs dans les différents cimetières de la ville, sont en effet surpris par la présence de nombreux enfants qui y travaillent.

Ce ne sont pas des enfants de la rue. La plupart d’entre eux sont envoyés par leurs familles pauvres qui habitent dans les environs des cimetières afin de contribuer au revenu du foyer.

Mais laisser ou faire travailler ainsi les enfants est en principe interdit. Signataire de la Convention portant protection de l’enfant, la RD Congo a adopté en 2009 une loi nationale en la matière. Elle condamne toute exploitation des enfants de moins de 18 ans. Au courant de ce qui se passe dans les cimetières de la ville, le service de l’Etat chargé de la protection de l’enfant à Lubumbashi, ne sait pas comment réagir.

Enfants de Lubumbashi ; Photo : J McDowell, Flickr

« Nous travaillons en collaboration avec le chef de service d’inhumation et de garde pour éviter l’accès des enfants dans ces lieux, mais il se pose un problème : nos cimetières ne sont pas clôturés et la situation socioéconomique des familles fait que parfois nous sommes limités… », déclare, avec un brin de résignation, le Chef de service de genre, famille et enfant.

Le sort des enfants issus de familles souvent pauvres et monoparentales, explique en partie le laxisme de services étatiques. Comme cette grand-mère, Jacqueline Mujinga, qui a perdu ses propres enfants et qui vit avec ses petits-fils. Ceux-ci font de petits boulots au cimetière de Pengapenga. « Je n’ai plus personne pour m’aider à nourrir la famille et ma santé ne me permet plus de travailler, raconte-t-elle. Ce sont donc mes petits-fils qui me supportent grâce aux recettes qu’ils rapportent chaque jour. »

Pas peur des cimetières

Les enfants sont, eux, bien conscients des responsabilités qui reposent sur leurs frêles épaules. Le petit Alphonse Mulumba, 14 ans, est contraint de combiner école et travail, pour ramener chaque jour un peu d’argent à la maison. Au cimetière où il passe une partie de ses journées, il est transporteur de briques. « Comme j’étudie les après-midi, je m’organise pour être là tôt le matin lorsque les premières personnes viennent construire les tombes, explique-t-il. Je travaille avec eux pour arrêter à 11h30 afin d’aller à l’école. Mes recettes servent à payer les frais scolaires et à aider ma grand-mère ».

Comme les autres membres de la bande, Alphonse affirme ne plus craindre les morts ni les cimetières. « Le manque de revenu a enlevé toute peur en moi », avoue-t-il. Son compagnon, Joël Muleka (16 ans) qui passe ses journées à y chercher le moindre petit boulot, ne tremble pas non plus : « Les morts sont morts. Ils n’ont plus d’impact sur les vivants », tranche-t-il.

Par Dina Eseka

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