The Tel Aviv Session : Vieux Farka Touré à la rencontre du Proche Orient

Jamais à court de ressources, Vieux Farka Touré refait parler de lui avec une toute nouvelle collaboration aussi ingénieuse qu’inattendue. Avec Idan Raichel, pianiste israélien aux talents multiples, il forme le Touré-Raichel Collective, dont ce premier album marque une autre étape dans l’irrésistible ascension du virtuose malien.

Les collaborations intercontinentales sont devenues à la mode ces derniers temps. Tinariwen, Toumani Diabaté ou encore Angélique Kidjo, pour ne citer qu’eux, peuvent en témoigner.

Vieux Farka Touré se lance à son tour dans l’aventure avec cette association surprenante, née d’une rencontre fortunée dans un aéroport allemand en 2008.

Deux ans plus tard, Idan Raichel retrouve Vieux dans un studio de Tel-Aviv, et ensemble ils donnent vie à The Tel-Aviv Session.

Le titre n’est pas anodin, car il s’agit bien ici d’une jam-session, d’un bœuf, et non d’un projet mûrement réfléchi et préparé; une heure d’improvisation et d’échange où la musique s’illustre comme un indéniable vecteur de dialogue, la parole devenant totalement superflue.

Fusionner des éléments aux origines et aux horizons variés ne constitue cependant pas un simple exercice de routine. Bien au contraire, c’est une manœuvre délicate, qui nécessite une aisance musicale ainsi qu’une connexion absolue entre les protagonistes, chose pour laquelle les deux musiciens excellent de bout à bout.

Des sonorités typiques de la région natale de Vieux Farka Touré, vers Tombouctou au nord du Mali, apparaissent sans surprise sur plusieurs titres (Azawade, Bamba), emportées par les doux rythmes de calebasse et la profonde voix du chanteur.

De son côté, Idan Raichel, un habitué des mélanges de genres, se distingue par un jeu au piano pour le moins hors norme. Durant cette session, il s’est inspiré de la kora, pinçant les cordes du piano comme il le ferait sur une harpe, ou les battant parfois telle une batterie (Experience).

Il explore de ce fait toutes les possibilités de l’instrument. En résultent des mélodies proches de l’Asie ou de l’Europe de l’Est (Alkataou), ajoutant une tout autre dimension à la musique que nous avait habitués Vieux.

L’histoire ne s’arrête pas là. Apparaissent quelques habituels collaborateurs d’Idan Raichel, comme Cabra Casey, dont le chant en Tigrit, une langue éthiopienne, livre une touche de féminité alliant à la fois angélisme et intimité (Ane Nahatka).

Mark Eliyahu apporte quant à lui la touche finale à l’édifice sur Alem, interprétant quelques accords au kemancheh, un cousin iranien du violon, et clôture ainsi ce tour du monde avec brio.

Voici un album de musique brut, sans polissage ou enjolivure, illustrant la complémentarité évidente des musiciens présents. Cette fusion surprend à la première écoute, mais finit vite par laisser une marque indélébile. Un joyau musical à écouter au plus vite.

Nicolas Roux

Le titre Bamba. Disponible en téléchargement gratuit.

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