Le révolté Kery James au Metropolis pour les Francofolies 2014

Six ans après un premier concert au Club Soda, le rappeur français Kery James a retrouvé son public franco-montréalais au Metropolis le 19 juin, dans le cadre des Francofolies 2014. Introduit par le slameur québécois Manu Militari, l’homme aux deux décennies de carrière a littéralement séduit la foule, la faisant sauter et hurler jusqu’à minuit.

keryjames_marieclairedenis_107Vêtu d’une cagoule et accompagné de ses deux acolytes, dont Teddy Corona issu du célèbre collectif Mafia K’1 Fry, Kery James a débarqué sur la scène du Metropolis à 21 heures pétantes, sur un des morceaux de son dernier album Dernier MC, sorti en France en 2013.

Rap protestataire, rap conscient : Kery James et son rap puissant

Connu et reconnu par ses pairs comme étant un rappeur aux convictions gravées dans ses vers, Kery James a débité sans reprendre son souffle chaque couplet acide et tonitruant qui habite chacune de ses productions musicales.

Il a ainsi enchaîné Dernier MC, Post Scriptum, 94 c’est le Barça – transformé à l’occasion en Montréal c’est le Barça – ainsi que d’autres morceaux tels que Je représente, Thug Life ou encore Le combat continue.

Celui qui se présente non pas comme « un rappeur mais [comme un homme] révolté qui fait du rap », en totale symbiose avec son public –véritable chœur improvisé durant la prestation –, prend le temps de parler, de (re)nouer les liens, confirmant qu’au-delà de son talent de parolier militant, il est aussi un homme généreux, véritable « sur-vivant » – comme l’on peut parler de « surhomme » – sur scène.

keryjames_marieclairedenis_112Conscient d’être un messager, il n’a cessé de s’adresser aux générations inter-hexagonales d’immigrés et d’enfants d’immigrés, tous porteurs d’une mission, comme il l’a clamé d’ailleurs fortement dans Banlieusards, extrait de son album À l’ombre du show-business, sorti en 2008 (On est condamné à réussir / À franchir les barrières, construire des carrières/ Regarde c’qu’ont accompli nos parents / C’qu’ils ont subi pour qu’on accède à l’éducation).

Ses thèmes récurrents (la dénonciation, l’engagement et la lutte contre la discrimination, contre les inégalités, contre les discours qui stigmatisent, contre les préjugés et les stéréotypes dirigés contre les immigrés de première et de deuxième génération, etc.) qui traversent ses années de carrière sans faillir et faiblir, ont pris une ampleur inégalée grâce notamment à la performance du batteur, Pierre Belleville, ainsi qu’aux mélanges sonores hybrides très présents dans le dernier album.

Ainsi, Vent d’état, véritable rencontre entre le rap et le dubstep, a littéralement ébloui les oreilles et les yeux du public (Les médias ne se contentent plus de cacher l’information / Ils sont carrément passés maîtres dans la désinformation / Au service du crime car au service de l’oppression / Ils font passer pour une victime celui qui commet l’agression).

Douceur et surprises en fin de soirée

Si Manu Militari, en première partie, a rencontré quelques difficultés dans sa mission en n’éveillant pas assez la fougue du public, Kery a rapidement su inverser la tendance en scandant les paroles de la pièce Le retour du rap français, extrait de son album Réel, sorti en 2009.

Kery James est aussi un grand amateur de collaborations musicales aussi improbables que réussies, et c’est en solo qu’il a repris le refrain du Mystère féminin, initialement chanté par Imany, avant de surprendre le parterre en accueillant son complice Grand Corps Malade pour un duo mélodieux sur la chanson, Je m’écris.

Quittant finalement une première fois la scène après avoir interprété un classique du rap français, Hardcore, datant de 1998, le rappeur est réclamé à corps et à cris par l’audience, offrant ainsi un rappel passionné, le temps de dire une dernière fois… au revoir aux Montréalais!

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