«Qu’ils partent tous» de Sara Nacer: l’espoir algérien

Proposé en ligne dans le cadre du festival Vues d’Afrique, Qu’ils partent tous nous emmène en Algérie, aux origines du 22 février 2019, date d’un mouvement historique de contestation populaire. La réalisatrice algéro-canadienne Sara Nacer a capturé des moments de ce «hirak» (mouvement), nous faisant par la même découvrir une génération qui souhaite construire son pays autrement.

Les premiers plans filmés par Sara Nacer sont vibrants: Alger la blanche, capitale de la terre de contrastes au cœur du Maghreb, remplie de jeunes, d’aînés et d’enfants manifestant calmement et scandant leur désir de libérer leur pays.

On entend les paroles puissantes d’Ultima Verba, de Ouled El Bahdja, devenu pour certains l’hymne de cette révolution populaire.

Les images sont historiques: des manifestants dans le calme face à la police ou l’armée qui ne charge pas, qui ne les réprimande pas allant même jusqu’à les applaudir.

Quelques drapeaux algériens et amazighs flottent à l’unisson dans les rues de la capitale sous les rythmes des «One, two, three, viva l’Algérie» et autres cris d’adultes et d’enfants martelant qu’ils ne renonceront pas, qu’ils sortiront chaque vendredi jusqu’à obtenir ce qu’ils demandent: le départ de celui qui jusqu’alors était littéralement scotché à son fauteuil de président, Abdelaziz Bouteflika.

Sara Nacer en tournage

«C’est notre pays, c’est nous qui décidons», entend-on à plusieurs reprises.

Un peuple et des rêves

La réalisatrice Sara Nacer a grandi à Alger, wilaya (ville) qui l’a façonnée autant qu’elle la connaît, dans sa chair comme dans son pouls.

Et, elle l’avoue elle-même si on lui avait dit que cette même capitale abriterait une nouvelle révolution, elle aurait fait partie de celles qui ne l’auraient pas cru. Comme beaucoup d’Algériens désillusionnés d’ailleurs.

Entendons-nous, ce peuple qu’elle montre dans toute sa splendeur, est celui qui a «hérité d’une indépendance qu’il s’est vu confisquer» et qui, contre toute attente, est finalement parvenu à répondre à l’appel, dans le calme, la joie et la musique, pour demander la démission d’un président qui, en 1999, affirmait pourtant publiquement «ne pas être venu pour un fauteuil, mais plutôt pour une mission».

Ce même qui faisait partie de ceux qui auraient dû mener ce pays qui a arraché son indépendance en 1962 vers une prospérité socio-économique et politique après une guerre de sept ans faisant plus d’un million de morts.

«Avant que le pays soit libéré, il avait déjà été vendu», explique-t-elle dans un calme foudroyant avant de reconnaître que «l’Algérie n’a jamais connu la paix», en référence évidemment à la décennie noire.

Plus jamais les années 90

Sara Nacer est partie vivre ce moment historique auprès des siens et en a profité pour documenter ce qu’il s’est passé entre Boumerdès et Tipaza en passant par Alger, à la rencontre d’artistes populaires comme El Moustach, mais aussi de Soufiane, un citoyen lambda qui est devenu célèbre grâce à une intervention publique pendant le topo en direct d’une journaliste en affirmant que «le départ du président ne changerait rien puisqu’ils allaient remplacer un pion par un autre pion».

Ce mouvement populaire qu’elle montre est pourtant aujourd’hui passé à l’histoire. Bien que d’autres pays du Maghreb aient vécu ces révolutions bien avant, en Algérie, il faut comprendre qu’une partie du peuple avait la hantise de revivre les années 90, où le terrorisme était la seule foi.

Mais, «la différence entre la génération d’avant et celle de maintenant, c’est l’absence de la peur», affirme un étudiant des Beaux-arts qu’elle interroge.

«Certains islamistes ont voulu s’inviter dans ce mouvement, mais le peuple leur a dit non. Les jeunes savent que l’islam qu’ils veulent imposer est différent du leur. On ne revivra plus les années 90», affirme une autre étudiante.

L’intervention du journaliste Khaled Drareni dresse un constat lucide sur la situation: «les Algériens se réapproprient leur pays. Ils ont prouvé que la stabilité et la démocratie vont de pair, qu’ils ne sont pas endormis, comme d’autres le croyaient au moment des autres révolutions», explique-t-il avant de préciser qu’il mène deux combats, le premier consacré à la pratique professionnelle de son métier de journaliste et le second dédié à repousser les limites de la liberté d’expression qui lui était imposée.

La réalisatrice finit par nous emmener manifester avec elle et ses amis, un vendredi en pleine journée à Alger. On la suit observer l’organisation des citoyens qui distribuent ou ramassent les bouteilles d’eau, qui ont le sens du civisme et des responsabilités, qui ne cassent rien et qui gardent le sourire. On est loin de l’image que d’autres ont donnée de ce pays.

Au lieu des massacres et du terrorisme, on sent de l’amour et de l’envie de créer autre chose de plus juste et de vrai.

Au lieu des débordements non expliqués lors d’un match de soccer, on rencontre plutôt des jeunes se concerter et créer des entreprises.

Au lieu des embarcations de fortunes transportant des harragas, ces brûleurs de papiers qui se tournent vers l’occident, on découvre une diaspora qui revient au pays en masse et qui scande son rêve et ses espoirs sans aucune honte.

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