L’autre moitié de soi de Brit Bennett

Publié chez Flammarion Québec, l’excellent roman L’autre moitié de soi de la talentueuse auteure Brit Bennett aborde la question de l’identité en racontant l’histoire de deux jumelles fusionnelles qui aspirent à deux vies différentes.

Avec son ouvrage de 384 pages, l’auteure américaine frappe un grand coup. Chez elle, certains commentateurs sportifs parleraient d’un circuit. Ce roman magistral sur l’identité raciale peut se lire d’une seule traite tellement Brit Bennet maîtrise l’art de faire rentrer les lecteurs dans son univers.

C’est l’histoire des jumelles Vignes qui, adolescentes, ont décidé un jour de fête de fuir leur patelin natal de Mallard, ville fondée par des gens pour qui la couleur de la peau avait une importance, disons capitale. C’est même cette obsession qui suivra leurs parcours.

L’imaginaire de Brit Bennett, cette diplômée de littérature à Stanford, est franchement créatif. L’auteure de Je ne sais pas quoi faire des gentils Blancs etLe cœur battant de nos mères décrit merveilleusement les époques et entraînent avec elle le lecteur de New York à Boston, en passant par Mallard et la Lousiane. On vogue constamment entre l’Amérique fraîchement déségrégationnée et l’autre cosmopolite qu’on retrouve dans les médias.

Les jumelles Desiree et Stella ont fui ensemble, mais pour une raison que l’une ne se l’explique, leurs chemins se séparer. La première a été forcée, en quelque sorte, de revenir sur ses pas. Elle est débarquée avec un poids difficile à cacher dans cette ville de Noirs qui rêvent d’être Blancs. Quant à soeur, elle réalisera le rêve fou de son illustre ancêtre Alfonse Decuir et finira presque par oublier son passé.

Mais peut-on vraiment oublier qui on est ? D’où vient-on ? Le parcours de ces deux soeurs identiques intrigue. L’une a marié un Noir et l’autre un Blanc. C’est ce contexte singulier qui permet de contester le destin. Et si la vie nous avait placés dans tel contexte, que serions-nous ?

Le mensonge est un autre des grands thèmes de cet ouvrage au même titre que l’acceptation de soi, mais aussi la différence. À sa façon Brit Bennet conteste son Amérique et milite pour une certaine égalité avec ses armes. Le résultat est farouchement captivant et résolument interpellant.

En refermant le livre, certains lecteurs auront probablement plus de questions que de réponses. Mais l’idée que “cette enfant noire comme la nuit, presque bleue” puisse vivre en paix aux côtés d’une actrice blanche qui s’interroge sur son passé donne envie de faire sienne la fameuse phase de Martin Luther King à propos d’un rêve…

L’autre moitié de soi est publié au Québec chez Flammarion et en France, chez Autrement. Il est traduit de l’anglais par Karine Lalechère.

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