« La part du sarrasin » de Magyd Cherfi

Pilier du groupe Zebda, premier bachelier de sa cité toulousaine, Magyd Cherfi continue de se raconter. Né de parents algériens, dans ce quatrième livre, l’auteur excelle dans le registre de la biographie en frôlant parfois la liberté du roman.

1983, Toulouse (sud de la France). Alors que la plupart des autres membres du groupe enchainent les concerts dans des lieux plus ou moins improbables, Magyd Cherfi, alias Le Madge, s’installe au centre-ville. C’était l’époque de « la Marche des Beurs », la première manifestation nationale antiraciste française qui s’est déroulée du 15 octobre au 3 décembre 1983, alors même que le Front national avec Jean-Marie Le Pen gagnait du terrain.

Dans sa ville, ça bouillonne. Ça pue l’identitaire à plein nez. C’est l’époque où les filles et fils d’immigrants se recréent une histoire, ils se disent français sans l’être, arabes sans l’avoir été, musulmans modérés ou sans y croire. Bref, ils ne veulent pas rentrer dans des cases toutes faites.

La part du Sarrasin (Actes Sud), c’est un côté un peu plus complexe qu’il livre, entre les amitiés qui se brisent pour des idées qui ne peuvent plus coïncider et des questionnements politisés. Comme beaucoup d’ados de son âge, à cette époque, le jeune Magyd est tiraillé entre ses origines algériennes et sa nationalité et culture françaises.

Entre deux

« On parlait des Français comme si on parlait des martiens », dit-il.Comme on dit dans la cité, il a « le cul entre deux chaises », jamais entièrement l’un ou l’autre, toujours à moitié. Intérieurement, il espère un renouveau signé par la gauche de Mitterrand qui est alors le seul parti à pouvoir freiner le Front national. Et à côté de tout cela, il y a la musique et ce qu’elle demande comme investissements, les premières tournées payées à la bière et les confrontations entre ses amis d’enfance et ses musiciens.

On reconnaît un style, une plume, qui touche l’oralité avec son flow qui se lit facilement autant qu’il pourrait s’écouter. Coincé entre deux ghettos, tout son livre est empli de scènes qu’on peut rapprocher de l’amour, de la violence, mais surtout de rêves. Et puis, il raconte une douleur, celle de l’intégration et de tout ce qu’elle soulève. La France laisse-t-elle la place à tous les Français ou trahit-elle celles et ceux qui ont fait son histoire?

Ce récit sans concession, cru et sombre par moment, a le mérite de nous raconter les cités de l’intérieur sans détour. Et si l’on parle de cette France des années 80, on ne semble pas loin de l’actuelle qui semble toujours lutter ou questionner ses enfants qui trouvaient pourtant du réconfort dans les salles de spectacle alors qu’il était sur scène à réparer « des cœurs prêts à se donner pour une France qui ne comblait ni le blanc, ni le bleu, ni le rouge. »

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